Charles Pascal GUILLAUME
Né le 28 juillet 1913 à Gâvres (Morbihan (56))
CH-5 - Carentan
La classe Chasseur 5 est le nom donné à une série de 17 petites unités de la marine nationale destinée à la lutte anti-sous-marine dite "chasseur de sous-marin", mise en chantier en 1938.
Le programme de 1937 avait prévu la construction d’un nouveau type de chasseurs de sous-marins à coque acier pour remplacer les vieux chasseurs américains de type C1...
Charles Pascal GUILLAUME est né le 28 juillet 1913 à Gâvres, dans le Morbihan. C’est le fils unique de François Marie, pêcheur, et de Marguerite L’Hermite son épouse. Toutefois, son père est l’aîné de 7 enfants, et une grande affection liera le petit Charlot à ses cousins, grâce auxquels il s’initiera très vite à la compagnie de ses semblables.
La presqu’île de Gâvres, dont le nom signifierait «chèvre» ou «crevette» était à l’origine une île, qu’un long cordon lagunaire, ou tombolo, relie à Port-Louis, dont elle est séparée par une mer intérieure, ou petite mer. Gâvres est sur la rade extérieure, Port-Louis étant séparé de Lorient par le Blavet.
C’est un village de pêcheurs : les hommes sont à la pêche la plupart du temps, absents parfois pour une semaine entière.
Les maisons blanches sont basses, «pour mieux résister au vent» et souvent exiguës. Si un temps trop défavorable empêchait d’embarquer, les pêcheurs se retrouvaient dans les bistrots du village, une vingtaine tout de même à l’époque, pour échanger et jouer aux cartes. Chaque équipage avait sa base attitrée, qui l’accueillait au retour de pêche pour déguster la cotriade.
Quand naît le petit Charles, la commune comprend près de 1270 habitants ; 40 d’entre eux périront durant la Première guerre mondiale. La mer régit la vie de la commune, qu’il s’agisse de la pêche, des conserveries, de l’exploitation des marais salants, ou même des élus, puisque le premier magistrat de la commune est un armateur.
Dès leurs premiers pas, les enfants courent la grève, et la mer est leur élément naturel. Ils savent godiller en même temps qu’ils savent marcher.
Ils sont nombreux, suffisamment pour qu’il y ait deux écoles à Gâvres. Le petit Charles est inscrit à l’école Saint Joseph, tenue par la congrégation religieuse des «Filles de Jésus», dont la maison mère se trouve à Kermaria près de Locminé (56).La maternelle est mixte, mais dès qu’ils ont atteint six ans, l’âge de d’école élémentaire, garçons et filles sont séparés. Pas question de se laisser distraire. Mais Charles se montre très bon élève, et emporte haut la main son certificat d’études primaires, ce qui va lui permettre d’entrer immédiatement dans la vie active.
C’est tout naturellement que l’adolescent embarque au sortir de l’école comme mousse à bord du "Boguet er Mor", ou "Bouquet de la mer" le 24 juin 1927, un mois avant ses 14 ans, jusqu’au 15 août de la même année. C’est la période de la pêche à la sardine. Le bateau, propriété de la famille GUILLAUME, est une chaloupe sardinière, deux mâts et voiles aux tiers.
Même en famille, la vie de mousse n’est pas toujours facile : il doit veiller au rangement et à la propreté du bateau, au mouillage des canots. C’est lui qui prépare la rogue, l’appât destiné aux sardines, une mission particulièrement importante. Et l’adolescent apprend, vite et bien.
L’été suivant le retrouve le 26 juin à bord du même bateau, pour un embarquement de 4 mois. Il passe l’essentiel de la mauvaise saison à la maison, et repart dès le 7 mars 1929, à bord du canot "Paul", propriété de Mathieu Padellec, un voisin de ses parents, jusqu’au 21 juin de la même année, avant de retrouver dès le 1er juillet le familial "Boguet er Mor" pour une période de 5 mois.
Le 5 novembre, il est de nouveau à bord du "Paul", promu novice. A cette époque, on pêche surtout le rouget, le mulet, ou le maquereau à la dérive, pêche au filet ainsi nommée par les Gâvrais parce qu’à la tombée du jour ils allongent leurs filets, avec lesquels ils se laissent dériver. Au matin, lorsqu’ils les relèvent, ils récupèrent le poisson pris dans les mailles.
Il a 16 ans, et désormais, les embarquements sont continus, et les pauses de très courte durée, quelques jours seulement.
Le 27 janvier 1930, il quitte le "Paul" pour retrouver le "Boguet er Mor". Il lui plaît de varier ainsi tâches et embarquements.
Pris lui aussi par le virus de la mer, celui qui ne lâche pas les Gâvrais dès qu’ils y ont goûté, il réembarque dès le 28 janvier pour trois campagnes consécutives. Depuis le 24 mai1930, il est titulaire du PCMM, le permis de conduire les bateaux à moteur obligatoire pour au moins un membre de l’équipage lorsque les chaloupes se motorisent. Il devient inscrit maritime définitif le 30 juin 1931. Il est matelot, et fait désormais partie à plein temps de l’équipage du "Boguet er Mor" ; il n’en débarquera que le 23 juillet 1933, quand vient l’heure de la levée.
Le 28 juillet 1933, le jour de ses 20 ans, Charles se présente au 3ème dépôt, celui de Lorient. C’est avec émotion qu’il revêt l’uniforme, et, très vite, il décide de s’engager. En tant qu’inscrit maritime, il est d’office promu matelot de seconde classe. Il n’a pas encore de spécialité ? Le PCMM constitue déjà une préparation, et, le 6 août de la même année, il embarque à bord du "Rhin", qui est à cette époque l’école des timoniers. A en juger par les photos, l’ambiance du groupe, quoique studieuse, est très conviviale.
Lorsqu’il débarque, 7 mois plus tard, il est breveté timonier, et rejoint Brest, afin d’embarquer pour 8 mois à bord du croiseur "Duguay-Trouin", navire de construction récente, qui forme les canonniers.
Le 1er janvier 1935, il pose son sac à bord du cuirassé "Provence" mis à l’eau à Lorient en 1913, pour presque deux ans de navigation. Ce puissant navire de 23 500t qui a commencé sa carrière durant la Première guerre mondiale retrouvera l’arsenal pour un long carénage et réarmement dès que Charles en aura débarqué. Il sera touché à Mers-el-Kébir par les bombardements de l’amiral Sommerville.
Le jeune quartier-maître, qui s’est réengagé, embarque le 17 octobre 1936 sur le contre-torpilleur "Fantasque". Construit à Lorient et mis en service le 1er mai 1936, celui-ci est basé à Brest. La 2ème Escadre était un peu négligée depuis la fin de la Première guerre mondiale, une nouvelle menace allemande étant jugée peu sérieuse. Mais les temps ont changé et le navire, qui fait partie de la 10ème division de contre-torpilleurs, multiplie en Manche et en Atlantique, allant jusqu’au Maroc, les exercices d’entraînement opposant en combats fictifs les différentes escadres.
Le 17 juillet 1939, Charles quitte le "Fantasque" pour un autre contre-torpilleur de la même classe, et du même âge, "Le Triomphant". Lorsque la guerre est déclarée, le 3 septembre 1939, les deux navires sont intégrés à la force de Raid, qui escorte les convois, comme celui qui transportera au Canada l’or de la Banque de France, ou traque les sous-marins allemands.
C’est ainsi que Charles GUILLAUME participera à la bataille de Norvège. Une photo le représente debout dans la neige, coiffé de la casquette de Second maître. Les joues ont encore un peu de leur rondeur, mais le sourire s’est fait plus grave. En attaquant un sous-marin allemand dans le détroit de Skagerrak, entre Norvège et Danemark, le contre-torpilleur a vu son hélice endommagée, et a dû rentrer en réparation.
Le Second maître GUILLAUME se voit alors affecté au cuirassé "Courbet" le 24 mai 1940. Ce vieux navire, qui a participé à la Première guerre mondiale, en même temps que le "Léon-Gambetta" a déjà entamé une pré-retraite paisible à Brest où il sert à la formation des apprentis.
Quelle surprise pour eux lorsqu’ils voient débarquer des baroudeurs de tout poil et d’origines diverses : en moins de 48 h, le navire a levé l’ancre pour joindre Cherbourg afin de canonner blindés et avions allemands.
Cela ne suffira toutefois pas à protéger la ville, et l’amiral Abrial ordonne au "Courbet" de gagner Portsmouth, où le navire sera saisi le 3 juillet 1940 par les Anglais.
Charles GUILLAUME, qui a rejoint les FNFL, retrouve alors "Le Triomphant" qui vient de leur être restitué. Leur première mission ? Escorter deux convois en Atlantique. La mission du contre-torpilleur "Léopard", à bord duquel le second maître timonier (et canonnier) passera 6 mois, sera la même.
Le 1er avril 1941, il embarque à bord du "Léoville". Ce cargo, lancé en 1922 pour la Compagnie Worms, est réquisitionné au Havre dès les premiers jours de la guerre, et armé en patrouilleur auxiliaire. Saisi par les Britanniques, il sera restitué aux FNFL et participera à des missions de convois, comme bien d’autres navires de commerce, pourvoyeurs d’or noir et de munitions. En 1944, ce cargo participera au Débarquement de Normandie, comme tous les bâtiments FNFL encore opérationnels.
En tant que timonier reconnu, Charles ne connaît guère de repos. Dès le 9 septembre 1941, il embarque à bord de la corvette "Commandant Détroyat", du nom d’un officier de la France libre, mort pour la France en juin précédent. Il y restera jusqu’au 1er janvier 1943.Les corvettes, 1 000t à peu près, ont une assez bonne tenue à la mer, ce qui les rend aptes à escorter les convois, et à canonner les sous-marins allemands, particulièrement dangereux. Cette fois encore, il s’agira d’escorte, du nord de l’Atlantique au Maghreb.
Après deux semaines à bord du "Bouclier", base flottante, Charles passera quelques jours à la base de Bir Hacheim, avant de faire partie, dès le 12 mars 1943, de l’équipage du Chasseur 5 "Carentan".
Lancé six mois avant la déclaration de guerre, le chasseur est rapide mais léger, 100t seulement. Il est armé de trois canons, deux mitrailleuses, et deux grenadeurs à l’arrière. Après avoir participé à l’évacuation de la poche de Dunkerque, il rejoint l’Angleterre où il est saisi par les Britanniques, qui le restitueront aux FNFL en avril 1943.
Il rejoint alors les autres Chasseurs à la base de Cowes, près de l’île de Wight, au sud de l’Angleterre.
Sa mission ? Accompagner les sous-marins britanniques, canonner les sous-marins allemands, et ce, par tous les temps.
Ce 21 décembre à 6h du matin, en dépit de la forte tempête annoncée, le "Carentan" prend la mer pour accompagner le sous-marin britannique "Rorqual". Les éléments sont déchaînés, les vagues énormes, et la conduite extrêmement difficile. Le Chasseur embarque mer par l’arrière, bascule, et se retourne en un instant.
Le second maître timonier de 1ère classe Charles GUILLAUME fera partie des disparus. Pleuré par ses camarades, il laissera une famille dans la douleur. Il venait d’avoir 30 ans.
- Croix de Guerre 39-45 avec étoile (s)
- Médaille de la Résistance
- Citation à l'Ordre de l'Armée de Mer

