Jules Auguste Emmanuel CLERO
Né le 24 juillet 1892 à Carnac (Morbihan (56))
Sancte-Michael
Le « Sancté Michael » était à l’origine un chalutier anglais à propulsion vapeur. Il avait été construit en 1897 à North Shields. sans doûte au chantier Smith’s dock C° Ltd. North Shields est une ville sur la rive nord de la rivière Tyne, dans l'arrondissement du North Tyneside dans le nord-est de d'Angleterre située à 13 km de Newcastle Upon Tyne.
En 1931, le chalutier anglais est racheté par un armeme...
Jules, fils de Julien Marie (28 ans) boulanger et de Anne Marie Lainé (33 ans) boulangère, voit le jour au bourg de Carnac, canton de Quiberon.
Il s’épanouit dans ce bel environnement maritime et dans la boulangerie de ses parents en compagnie de ses 6 frères et sœurs.
Sa scolarité passée à l’école publique de Carnac, son certificat d’études en poche, il s’essaye comme ajusteur/mécanicien pour finalement s’engager, par vocation et pour soulager financièrement cette famille nombreuse, pour 3 ans dans la Marine nationale, le 14 mai 1909 à 17 ans avec l’autorisation de ses parents. Après son passage pour ses classes au “ 3e dépôt des équipages de la flotte“ de Lorient, il est admis en 1909 à l’école des Mécaniciens de Lorient et en sort le 1er avril 1911 avec le grade de matelot de 1ere classe mécanicien. Dorénavant, il habite au 75 rue de l’hôpital à Lorient.
En 1911, il embarque sur le croiseur-cuirassé de 1ere classe "Dupuy-de-Lôme", affecté à l’escadre du Nord, qui représente la France à Spithead lors des funérailles de la reine Victoria en Janvier-Février 1911.
Après ce bref passage formateur, en 1912, il rallie le contre-torpilleur " Sagaie " de la classe Arquebuse, affecté à l’escadre du Nord station des torpilleurs. Celui-ci reçoit une nouvelle chaudière à Lorient. Jules complète ainsi ses connaissances de mécanicien, avec application, ce qui lui donne une promotion , le voilà quartier-maître mécanicien le 8 juillet 1912 et ravi de rengager pour 3 ans.
Puis le 23 avril 1912, il rejoint la canonnière de rivière "Vigilante" de la flottille française de Chine dont la mission est de patrouiller dans la concession française de Canton. Elle navigue alors sur le Xi-Kiang entre Hong-Kong et Canton. Jules profite bien de cette belle vie exotique mais le 20 août 1914, c’est la “ mobilisation “.
Il doit rallier le " 3e dépôt des équipages de la flotte " à Lorient…. C’est à cette époque qu’il reçoit une citation : » A fait preuve d’une attitude et d’un dévouement dignes d’éloges en exécutant malgré de grandes difficultés les travaux urgents que nécessite la situation du "Lacisz" vapeur allemand saisi en mer de Chine, par un croiseur français et ramené à Marseille en 1915 ».
Ensuite, Jules étoffe aussi sa carrière avec un passage aux sous-marins à la « 2e escadrille de sous-marins" à Lorient entre le 3 avril 1915 et le 1er octobre 1916 .De plus ses compétences sont récompensées par une promotion au grade de second maître le 1er octobre 1916. Ce qui lui permet d être affecté sur le cuirassé « Vergniaud » entre le 22 novembre 1916 et le 29 janvier 1917 où il participe en Grèce à l’« affaire dAthénes». Ensuite c’est sur le "Naphanatous" puis le cuirassé « République » qu’il continue à faire ses armes jusqu’au 3 mars 1918.
Mais la guerre a ses exigences, c’est à la « défense passive » à compter du 3 mai 1918 que l’on fait appel à lui, il enchaîne successivement au CAM (centre aéronautique marine) de Saint Raphaël (2 septembre 1918-3 novembre 1918), CAM Guernesey (3 novembre 1918-1er février 1919) et Cherbourg (1er février 1919-18 juin 1919).
Le 1er août 1918, en garnison Saint Raphaël (83) Jules épouse Gabrielle Renée Sanfourche rencontrée à Bordeaux. De leur union naîtront deux garçons Robert et Louis.
Jules, en campagne de guerre contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 15 juin 1919 possède la carte de combattant N° 4177.
Démobilisé et placé en congé illimité le 15 juin 1919, Bordeaux l’accueille comme mécanicien en imprimerie. Il y demeure avec sa famille au 39 rue du Hamel. Pour expliquer cet épisode bordelais , son petit-fils nous donne le fil : « Gabrielle, décédée à 100 ans, était la sœur de Pierre Sanfourche, quartier-maître mécanicien à Lorient, camarade de Jules dont il avait épousé la sœur Anne Marie Cléro à Lorient en 1916. La famille Sanfourche était composée d’instituteurs publics et de vignerons de l’Entre-deux-Mers. Ainsi le frère avait épousé la sœur et la sœur le frère. »
Cette vie bordelaise ne lui convient pas , la mer l’appelle encore. C’est pourquoi le 17 mars 1925, il est inscrit maritime au quartier de Lorient (classe 1912 N°12370), comme inscrit définitif. Le 27 février 1926, il obtient brillamment son brevet de chef mécanicien 2è classe. Commencent, alors pour Jules, des embarquements sur chalutiers pour des « marées » entrecoupées de passage à quai à Lorient.
Son premier chalutier s’appelle « Licorne » cette marée dure du 14 mars 1926 au 22 mai 1926. Puis se succèdent: 3 marées sur le "Saint Guénaël" (30 mars 1926- 4 novembre1927), 2 sur "L'Eider II" ( 12 janvier 1928 au 21 juillet 1928 ), 1, sur le "Foc" (5 août -11 août 1928), 11 sur le "Bisson" ( 13 Août 1928-22 décembre 1931), 5 sur le "Brivet" (25 décembre 1931- 29 mars 1935), 2 sur le "Léon" (30 mars1935 -25 février 1936)
Puis Il navigue, toujours en tant que chef mécanicien, sur le chalutier hauturier, sur le"Monique André" (26 février 1936-28 novembre 1936) de l’armement lorientais des associés "Julien Quéré – Ludovic Jégo – Pierre Tonnerre". Dorénavant il habite avec sa famille au 43 bis rue de la Comédie et ses navigations s’opèrent à partir de ce port.
Il n’en délaisse pas pour autant la Marine nationale car ses périodes lui octroient la promotion, le 1er octobre 1934, au grade de maître mécanicien de réserve. Jules passe ainsi dans la réserve de l’armée d’active, dans l’armée territoriale et dans la réserve de l’armée. Son affectation est le 16e bataillon d’ouvriers d’artillerie.
Malgré cela, les marées s’enchaînent : c’est sur le« Brivet » (28 novembre 1936-27 août 1937), sur le « Monique Andrée » (30 juin 1937-7 juillet 1939), sur le« Sancté Michaël » (7 juillet 1939-1er septembre 1940)
Le 29 août 1940, Jules embarqué sur le chalutier vapeur" Sancte-Michaël " appareille, direction zone pêche, alors sous les ordres de P. Tonnerre (homonyme), capitaine de la marine marchande et commandant du" Sancte-Michaël " de l’armement J.Quéré - L.Jégo -P.Tonnerre, immatriculé à Lorient sous le N°4228. Ils sont plusieurs chalutiers sur zone dont le “ Madeleine “.
Le 1er septembre 1940 à 17h30, le “ Sancte Michael “ saute sur une mine au large de Penmarc'h. Il coule rapidement, heureusement le “ Madeleine “ qui a entendu et vu la tragédie lui porte secours. Sort funeste, Jules fait partie des 6 disparus sur les 14 membres d’équipage. Les disparus se nomment : Jules Cléro, JM Le Poulichet, François Tanguy, Yvon Jérôme, Joseph Mallet, Gildas Lanco. Le 6 septembre 1940, “ L’éveil du Morbihan “ relate l’accident dans son journal.
A 48 ans, Jules fier de cette belle vie extrêmement remplie qu’il a bâtie, laisse derrière lui une épouse éplorée et ses deux jeunes garçons. Mais la peine de cette famille ne s’arrête pas là car le 7 février 1943, « elle perd tous ses biens lors du bombardement de Lorient » dit son petit-fils Bernard. Gabrielle demeure alors à Rennes (35) au 15 rue Noël du Fail.
Le jugement déclaratif du décès a été rendu le 24 février 1941 par la 1ere chambre du tribunal civil du Havre et transcrit le 14 juin 1941 sur les registres de Fécamp ( sous le N°192), port d'armement du "Sancte-Michaël".
Il est décoré de la croix de guerre 14-18 avec étoile de vermeil.
Son nom ne figure pas sur le monument aux morts de Lorient , mais aujourd’hui son petit-fils a fait la démarche pour réparer l’oubli de son inscription, d’autant que G. Lanco, disparu comme lui dans ce naufrage, est présent.
Sources :
- Documents personnels de Bernard Cléro (petit-fils)
- Généanet : généalogie de B.Cléro
- Internet : mémorial Généanet
- ESS
- L’éveil du Morbihan
- AD 56
- Croix de Guerre 14-18
- Citation à l'Ordre de l'Armée de Mer

