Frédéric Le Mouillour Mémorial national des marins morts pour la France

Le Triomphant - Contre-torpilleur

Le-Triomphant001

Le contre-torpilleur Le Triomphant est le dernier d'une série qui en compte six : Le Fantasque, L'Audacieux, Le Terrible, L'Indomptable, Le Malin et Le Triomphant. Ces contre-torpilleurs, de la classe Le Fantasque, faisaient suite à la classe des contre-torpilleurs type Vauquelin. Les bâtiments de cette classe sont plus longs et plus puissants que leurs prédécesseurs. Ils sont donc capables de soutenir des vitesses plus élevées. Leur armement est également plus moderne.
Le conseil supérieur de la marine définit les grandes lignes des cahiers des charges et attribue des numéros provisoires aux six futurs navires : Da16 à Da21. Environ un an plus tard, après les premières études techniques, le conseil décide des chantiers constructeurs:
Les Da16 et Da17 à l'arsenal de Lorient. Les Da18 et Da21 aux Forges et Chantiers de la Méditerranée à la Seyne-sur-Mer. Le Da19 aux Ateliers et Chantiers de la Loire qui sous-traiteront la construction de la coque aux Ateliers et Chantiers Navals Français à Blainville-sur-Orne, près de Caen. Le Da20 aux Chantiers de France à Dunkerque.
Le Fantasque, ex Da17, est mis en service le 1er mai 1936, il est déclassé le 2 mai 1957. L'Audacieux, ex Da16, est mis en service le 8 août 1936, il est coulé le 7 mai 1943. L'Indomptable, ex Da21, est mis en service le 15 avril 1936, il est sabordé le 27 novembre 1942. Le Malin, ex Da18, est mis en service le 8 juin 1936, il est déclassé le 3 février 1964. Le Terrible, ex Da19, est mis en service le 5 février 1936, il est déclassé en juin 1962. Le Triomphant, ex Da20, est mis en service le 24 juillet 1936, il est déclassé le 6 décembre 1954.
Les caractéristiques
La coque est en acier. Sa longueur est de 132,40 m, sa largeur de 11,98 m et son tirant d'eau de 4.30 m. Le déplacement du bâtiment à pleine charge est de 3300 tonnes lors des essais en 1936.
Il est propulsé par deux hélices accouplées chacune à une ligne d'arbre entraînée par des turbines à vapeur Parsons. La vapeur est produite par quatre chaudières Yarrow (Loire/Penhoët). La puissance installée de 74 000 chevaux permet au bâtiment d'atteindre des vitesses supérieures à 37 nœuds aux essais à la mer. La capacité des soutes à mazout permet au bâtiment de parcourir une distance 2500 milles nautiques à la vitesse de 25 nœuds, ou de 5000 milles nautiques à 15 nœuds.
L'armement
L'armement comprend cinq pièces d'artillerie de 138 mm, quatre canons anti-aériens de 37 mm, 4 mitrailleuses de 13,2 mm, neuf tubes lance-torpilles et deux grenadeurs de sillage.
L'équipage
Le bâtiment est armé par un équipage de 210 personnes, composé de 13 officiers, 34 officiers mariniers et 163 quartiers-maîtres et marins.
Dès leur mise en service, ces contre-torpilleurs sont affectés à la 2e escadre légère basée au port de Brest. Le Fantasque, L'Audacieux et Le Terrible forment la 10e division de contre-torpilleurs (10e DCT), tandis que L'Indomptable, Le Malin et Le Triomphant sont réunis au sein de la 8e division de contre-torpilleurs (8e DCT).
Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ces contre-torpilleurs sont intégrés à la force de raid, basée à Brest. Cette force maritime comprend : les cuirassés Dunkerque et Strasbourg, les croiseurs Georges Leygues, Gloire, et Montcalm, les contre-torpilleurs Le Fantasque, L'Audacieux, Le Terrible, Le Malin, L'Indomptable, Mogador, et Volta.
En septembre 1939, le contre-torpilleur Le Triomphant, commandé par le capitaine de frégate Pothuau, a navigué avec la force de raid à Casablanca. En octobre, il a escorté un convoi de Bristol à la Loire, et un autre convoi de Gibraltar à Kingston, en Jamaïque.
En novembre 1939, il est envoyé à la recherche des sous-marins allemands qui avaient attaqué un convoi KS.27 en Atlantique.
Le 11 décembre 1939, le cuirassé Dunkerque quitte le port de Brest avec une cargaison de 100 tonnes d'or pour le Canada. Il est escorté par les contre-torpilleurs Gloire, Mogador, Volta, Le Triomphant, Le Terrible et Valmy.
En avril 1940, la 8e division de contre-torpilleurs prend part à campagne de Norvège. Elle a mené des opérations de chasse aux sous-marins dans le détroit de Skagerrak entre la Norvège et le Danemark. Elle a repéré le sous-marin U-26 et l'a attaqué. Le sous-marin a réussi à s'échapper, mais le contre-torpilleur Le Triomphant qui l'avait pris en chasse a eu son hélice bâbord endommagée lors d'une collision avec le fuyant. Le contre-torpilleur est rentré au port de Lorient pour réparations.
Le 10 juin 1940, Le Triomphant, qui était en réparations à Lorient, sous le commandement du capitaine de frégate Edouard Archambeaud depuis le 3 mai 1940, quitte la France en remorque pour rallier l'Angleterre compte-tenu de l'avancée des forces allemandes vers les ports de Bretagne.
Le 3 juillet 1940, à la suite de la signature de l'armistice le 22 juin entre la France et l'Allemagne, dans le cadre de l'opération "Catapult", le contre-torpilleur Le Triomphant, qui se trouve dans le port de Plymouth, est capturé par le Royaume-Uni. Le 28 août, il est remis aux Forces Navales Françaises Libres (FNFL). Il est réarmé par un équipage français et placé temporairement sous le commandement du capitaine de corvette Pierre Gilly, officier torpilleur.
Le 2 octobre 1940, le capitaine de frégate Philippe Auboyneau prend le commandement du contre-torpilleur Le Triomphant. Sa première mission en décembre 1940 est d'escorter deux convois en Atlantique.
La guerre dans le Pacifique
A l'été 1941, le contre-torpilleur Le Triomphant est transféré au théâtre du Pacifique pour devenir le bâtiment amiral des Forces Navales Françaises Libres dans le Pacifique. Il traverse le canal de Panama le 16 Août, et atteint Papeete le 23 Septembre 1941.
Le capitaine de frégate Auboyneau est promu capitaine de vaisseau, et prend le commandement des Forces Navales Françaises Libres dans le Pacifique depuis Le Triomphant. Le 7 octobre 1941, cette escadre est complétée par l'arrivée à Papeete de l'aviso Chevreuil, puis du croiseur auxiliaire Cap des Palmes.
En décembre 1941, Le Triomphant escorte le SS Troopship Ormiston de Sydney à Nouméa.
À la fin de février 1942, comme une invasion japonaise de deux îles du Pacifique central riches en phosphate s’annonce imminente, le contre-torpilleur Le Triomphant quitte les Nouvelles-Hébrides pour évacuer les Occidentaux et les travailleurs sous contrat de la British Phosphate Commission (BPC) vivant à Ocean Island et Nauru. Il arrive le 23 février à Nauru, en prenant à bord 61 Européens, 391 Chinois et 49 militaires. Puis il se dirige vers l'île de l'océan, à 300 km et prend à bord 823 Chinois et 232 Européens. Il a ensuite transporté ces réfugiés à Sydney (Australie).
Le 1er juillet 1942, le capitaine de frégate Paul Ortoli prend le commandement du Triomphant.
Le 8 février 1943, le cargo transporteur de minerai de fer SS Fer Chevalier est frappé par une torpille tirée par le sous-marin I-21. Le cargo a coulé en quelques minutes seulement, en faisant 36 victimes. Le contre-torpilleur Le Triomphant a secouru les 14 survivants qui dérivaient sur un radeau. Il a tenté de localiser le sous-marin durant une journée, sans résultat, avant de retourner à Sydney le lendemain.
Le 26 novembre 1943, Le Triomphant a quitté Fremantle (Australie), sous le commandement du capitaine de frégate Pierre Gilly, pour escorter un convoi comprenant le pétrolier américain SS Cedar Mills et le cargo néerlandais Java, à destination de Diégo-Garcia en Océan Indien. Mais les ravitaillements en combustible sont difficiles à cause de l'incompatibilité des raccords et des manches de transfert, si bien que les soutes à combustible ne sont pas pleines quand il rencontre une zone de mauvais temps.
Le 2 décembre 1943, le convoi est pris dans un cyclone. La mer se creuse et les coups de roulis deviennent violents. Le bâtiment prend une gite de 15 degrés et l'eau de mer pénètre par les panneaux des machines. Dans la soirée, le roulis s'intensifie encore et le bâtiment a beaucoup de difficultés à gouverner. A 22 h 40, on signale la disparition du capitaine de corvette Marcel Bourgine, commandant en second, et celle du médecin de 1re classe Jean Minette (Alias Pontivy).
Par des vents de force 10, et une mer où les vagues sont énormes, le bâtiment est dans une situation critique ; il n'est plus manœuvrant. Un transfert de personnel est décidé, 90 marins sont transbordés sur le pétrolier Cedar Mills, les autres restent à bord pour préparer un éventuel remorquage. Heureusement le cyclone s'éloigne et le contre-torpilleur Le Triomphant est pris en remorque par le cargo néerlandais. Le 10 décembre, il est repris en remorque par le HMS Frobisher. Le 15 décembre, le remorqueur HMRT Prudent a repris la remorque pour arriver en rade de Diégo-Suarez le 19 décembre 1943, où le bâtiment a pu être réparé.
La refonte aux Etats-Unis
En 1943, après la fusion entre les Forces Navales Françaises Libres (FNFL) et les Forces maritimes d'Afrique les quatre contre-torpilleurs encore en service, Le Fantasque, Le Terrible, Le Malin et Le Triomphant vont bénéficier d'une refonte aux Etats-Unis pour les transformer en croiseurs légers. La modernisation s'effectue principalement sur les points suivants :
Installation de deux radars (veille surface et veille aérienne)
Installation d'un sonar de coque
Ajout de nouvelles soutes à combustible
Remplacement de l'artillerie anti-aérienne d'origine par 8 pièces de 40mm Bofors et de 10 canons de 20 mm Oerlikon
Installation de 2 grenadeurs anti-sous-marins
Débarquement d'une tourelle triple de tubes lance-torpilles.
Cette refonte doit se faire à Boston (USA). Le contre-torpilleur Le Triomphant quitte Diégo-Suarez le 1er mars 1944 pour rejoindre Boston, via Djibouti, Port Saïd, Bizerte et Alger.
Cette refonte entraine un alourdissement des contre-torpilleurs, dénommés ensuite croiseurs légers. Leur déplacement à pleine charge atteint alors 3800 tonnes. Le croiseur léger Le Triomphant est resté aux Etats-Unis jusqu'en mars 1945.
En mai 1945, sous le commandement du capitaine de frégate André Jubelin, il rejoint la flotte britannique dans l'Océan Indien.
La guerre d'Indochine
En septembre 1945, le cuirassé Richelieu et le croiseur Le Triomphant escortent les paquebots britanniques Princess-Beatrix et Queen-Emma, transportant le corps léger d'Intervention, formant l'avant-garde du corps expéditionnaire français en Indochine commandé par le général Leclerc. Le 3 octobre 1945, alors que le cuirassé stationne au mouillage au cap Saint-Jacques, le croiseur Le Triomphant est le premier bâtiment de la marine nationale à revenir à Saïgon depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il fera partie de la force navale d'Extrême-Orient qui rejoint progressivement l'Indochine.
Cette force navale, qui est commandée par l'amiral Auboyneau, comprend en fin d'année 1945 : Le croiseur Emile-Bertin, bâtiment amiral, la 1re Division de croiseurs avec le Tourville et le Duquesne, la 10e Division des croiseurs légers avec Le Triomphant et Le Fantasque, les avisos Savorgnan-de-Brazza, Gazelle et Chevreuil, les destroyers d'escorte Algérien et Sénégalais, le porte-avions Béarn, etc… En décembre 1945, Le croiseur Le Triomphant prend part à la défense de Nha-Trang (Cochinchine).
Le 6 mars 1946, lors de l'opération "Bentré" de débarquement à Haïphong, qui constitue le début de la reconquête du Tonkin, Le Triomphant assure le rôle de poste commandement avancé et de poste de premiers secours. Positionné dans le convoi, juste dernière les six Landing Craft Infantry (LCI) et devant les Landing Craft Tank (LCT) devant transporter les premiers commandos français et les troupes de l'Infanterie coloniale dans la rivière Cua-Nam-Trieu qui relie le golfe du Tonkin au Port d'Haïphong, il assure leur sécurité. A peine franchi la coupure formant l'embouchure du Song Cua Nam formant le port d'Haïphong, le convoi subit de la rive droite des tirs de mitrailleuses, de canons et de mortiers par des soldats de l'armée régulière chinoise. Durant plus d'une heure les LCI et le croiseur poursuivent leur lente progression vers le port ; ils sont criblés d'impacts de balles. L'enseigne de vaisseaux Guyomar, commandant du LCI n° 103 et le lieutenant de vaisseau Cruchet, officier de tir du croiseur sont tués à leur poste de combat. Après plus d'une heure de passivité, l'autorisation de riposte arrive enfin. A 10 h 08, les cinq canons de 138 mm du croiseur tirent en direction des assaillants. A 10 h 14, des officiers chinois brandissent des pavillons blancs. Le croiseur léger Le Triomphant devait compter cinq morts et de nombreux blessés parmi l'équipage et dénombrer 439 trous dans sa coque et ses superstructures.
Les croiseurs légers, Le Fantasque, Le Malin, Le Terrible et Le Triomphant prendront part à la guerre d'Indochine à tour de rôle de 1945 à 1954. Le croiseur léger Le Triomphant rentre à Toulon en mai 1946.
Le croiseur léger Le Triomphant est envoyé à Bizerte pour être désarmé et déclassé le 6 décembre 1954. Il est démoli en 1960.

Sources :

 

- Le contre-torpilleur Le Malin
- Les contre-torpilleurs de la classe Le Fantasque
- Le destroyer français Le Triomphant
- Le dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française
par Jean-Michel Roche

 

http://www.netmarine.net//malin/ancien.htm

https://fr.wikipedia.org/Le_Fantasque

https://fr.qwe.wiki/wiki/French_Le_Triomphant

 

listeMPLF-LeTriomphant
Contre-torpilleur