Frdric Le Mouillour Mmorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 

Le nom du marin commence par :

Louis Pierre Nivez

est né le 06 octobre 1918 à Trégunc (Finistère)

Louis Pierre NIVEZ est né le 6 octobre 1918 à Trégunc dans le Finistère.

Fils unique de Jean Louis Pierre NIVEZ (1892-1920), marin de commerce et de Marie Françoise Philomène OLLIVER (1893 1985.),  Louis Nivez passe son enfance à Trégunc où il fréquente l’École Communale des Garçons. Son fort potentiel intellectuel conduit son directeur d’école et le Maire de Trégunc à solliciter le département qui lui accorde une subvention remboursable en vue de lui permettre de continuer ses 4 années d’études (spécialité : modeleur)  à la célèbre Ecole professionnelle  LIVET à Nantes du 1er octobre 1933 à juillet 1937 où il obtient le diplôme d’élève breveté (DE.B)  en 1937. Ce diplôme de l’enseignement technique garantit l’aptitude à devenir contremaître et chef d’atelier.

Il s’engage dans la marine nationale le 30 septembre 1937. Attiré par les innovations technologiques c’est tout naturellement qu’il s’oriente vers l’aéronautique navale alors en plein développement. Il suit la formation de mécanicien d’aéronautique au Centre Ecole de l’aéronautique navale (CEAN) de Rochefort de novembre 1937 à septembre 1938. Puis il est sélectionné pour suivre la formation d’élève pilote d’aéronautique à l’issue de laquelle il obtient brillamment le brevet de pilote en 1940. Démobilisé en 1942, il rejoint le Finistère où il est recruté  au Service de contrôle des prix  de la direction départementale de Quimper, du Service Général de Contrôle économique (Direction générale du Ministère de l’Économie Nationale) comme Contrôleur spécial à Concarneau.

Il intègre le 1er avril 1944 le réseau de résistance HUNTER des Forces Françaises combattantes. L’ « Ausweiss », ce laissez passer qui lui a été attribué pour son travail de contrôleur lui  facilite la tâche pour ses déplacements. Qualifié par le général de Gaulle  « d’un des plus importants réseaux militaires dont la magnifique activité s’est poursuivie jusqu’à la Libération » le réseau Hunter était à l’origine orienté en particulier sur les questions aéronautiques. Louis Nivez  est agent de liaison du sous-réseau Scout-Bretagne dans le secteur de Quimper sous le nom de code « Louisiane ». Affecté au service économique du réseau il avait notamment pour mission de surveiller le trafic maritime allemand, le mouvement des troupes allemandes, les positions exactes des défenses côtières dans la région de Concarneau, etc… et transmettait ses informations (cachées dans le cadre de son vieux vélo) à la tête de réseau à Quimper.

Ses brillants états de service lui valent le 17 mai 1945  la croix de guerre – étoile d’argent-et une citation à l’ordre de la division signée par le Général de Gaulle.

Citation : « Agent de renseignements agissant en territoire occupé par l’ennemi. A déployé une grande activité et fourni dans des conditions très défectueuses une documentation intéressante sur le système défensif allemand notamment lors de la liquidation des noyaux de résistance dans le sud du département du Finistère. A assuré également son précieux concours aux Forces Françaises de l’Intérieur au cours des combats qu’elles ont livré dans cette région pour désorganiser l’occupant, faciliter les opérations de débarquement allié et hâter la Libération de la Bretagne puis du reste de la France.S’est fait remarquer plus particulièrement par son chef de secteur pour le courage dont il a donné de nombreuses preuves ».

En Juin 1945 il rejoint la BAN de Lanvéoc Poulmic (escadrille 50S). Son attrait pour les nouvelles technologies, ses capacités scientifiques liées à son esprit de recherche, le conduisent à s’orienter vers la météorologie. Après une formation à Paris il obtient son brevet supérieur de météorologiste le 1er Octobre 1948. Affecté de 1948 à 1950  à L’Ecole navale (escadrille 50S) où il est instructeur,  il embarque le 4 avril 1950 à bord de la frégate météorologique « Laplace ». La frégate est un bâtiment d’instruction et de recherches météorologiques de 1400 tonnes et de 92 mètres de long. Elle arrive d’une mission de 24 jours et s’apprête à participer le 17 septembre aux cérémonies d’inauguration de la grande écluse de Saint Malo. Compte tenu du mauvais temps, le commandant, le Capitaine de Frégate Remusat, décide de se mettre à l’abri dans la baie de la Fresnaye…. site où restent encore hélas des mines magnétiques allemandes. C’est vers 00h 15 le 16 septembre que la première mine explose par bâbord arrière entre les locaux météo et la salle des machines… D’autres mines explosent…. Le bâtiment gîte par tribord, l’eau s’engouffre…la frégate se retourne et coule… 51 marins disparaissent sur les 92 membres d’équipage ... la tragédie a duré 12 minutes.

Des survivants de cette tragédie ont relaté que le maître météorologiste Nivez « effectuait à la suite des premières explosions les manœuvres de mise à l’eau d’une chaloupe transportant des blessés. Suite à un nouvelle explosion la chaloupe a basculé écrasant le maître NIVEZ contre les montants qui soutenaient la chaloupe ».

Son corps n’a pas été retrouvé. Tragique destinée…C’était sa dernière mission à bord de la frégate "Laplace". Il devait rallier la "Jeanne d’Arc" pour un tour du monde et intégrer ensuite  la station météorologique de Paris.

De son union le 25 juin 1941 au Pradet (Var) avec une jeune femme de Trégunc, Alexia Renée Jeanne louise Guillou (1920-2004), naissent 4 enfants : Marie-France (1942) – Rollande (1943) – Danielle (1945)- Jean Paul (1946). Après le décès de son mari elle élève seule ses 4 enfants avec toutes les difficultés matérielles et morales qu’on imagine. Afin de leur assurer la meilleure éducation possible elle exerce une activité salariée en qualité de secrétaire comptable au Commissariat de la marine de Brest (après avoir passé un concours d’entrée). Lorsque les autorités sont venues apprendre à son épouse la nouvelle de la tragédie de la frégate "Laplace" et la disparition de son mari, les enfants étaient présents. Ils gardent en mémoire les hurlements de douleur de leur maman, ses cris déchirants, son état de désespoir.Ils ne comprenaient pas ce que voulait dire « Papa a disparu ». Longtemps, très longtemps le chagrin, l’angoisse et l’espoir ont été intimement liés dans leurs pensées. Ils l’ont espéré survivant pendant leurs jeunes années, attendant son retour. Les unes allant jusqu’à imaginer qu’il avait refait sa vie dans un autre pays, et ne comprenant pas que ce papa aimant et adoré ne leur donnait pas de nouvelles….Puis la triste réalité s’imposa progressivement à eux: papa ne reviendrait plus. Avec leur maman ils allaient tous les ans en septembre à Saint Cast face à la mer où repose l’épave du "Laplace" : Pèlerinage douloureux mais nécessaire pour les aider à se construire. Entre sentiment d’injustice et incompréhension les enfants ont peu pleuré car ils ont refusé psychologiquement le départ de leur jeune papa, papa qu’ils avaient connu et aimé : un homme grand, doux, fumant sa pipe, attiré par les travaux intellectuels et suivant les travaux scolaires de ses enfants avec beaucoup d’attention. « Il nous a appris à apprendre » disent ses enfants  ce qui explique sans aucun doute les bonnes études qu’ils ont réalisées.Ses enfants se souviennent avec émotion que pour favoriser leur ouverture d’esprit, développer leur autonomie et leur sens des responsabilités ce papa leur avait confié un petit jardin que chacun d’entre eux gérait librement. Il les associait aussi avec beaucoup de pédagogie à ses recherches et travaux notamment en leur faisant visiter les locaux professionnels à terre ou embarqués où il se passionnait pour son métier de météorologue.

Dans ses rêves l’une des filles descendait dans la frégate "Laplace" au fond de la mer pour retrouver son père, lui parler, lui racontant sa vie d’enfant, ses joies et ses chagrins… Vivre sans papa a été le plus grand manque de leur vie et parfois un vide immense créé par un fond permanent de chagrin mêlé d’une mélancolie persistante…Heureusement outre leur mère les enfants pouvaient compter sur leur famille : les grands parents  maternels Jean et Francine, ses deux frères et leurs épouses : Jean et Mélanie, Paul et Jeannette. Ils ont toujours été présents transformant les moments difficiles en moments heureux notamment pendant les vacances à Trégunc. Et comment ne pas évoquer la grand-mère paternelle, Marie Françoise dite Philomène, celle qui avait eu la douleur de perdre son mari alors que son fils unique, Louis, n’avait pas encore deux ans. Cette femme courageuse et d’une grande dignité a sans doute joué un rôle important au moment de l’adolescence des enfants. Elle a su leur inculquer par son attitude souriante, son courage inébranlable, son entrain et son dynamisme  la force de positiver ses malheurs et de ne pas se complaire dans une forme de compassion permanente. C’est son ouverture d’esprit qui a fait qu’elle permette à son fils de continuer des études. Les gens qui l’ont connu et l’appréciaient beaucoup aussi bien professionnellement que dans la vie courante, ont contribué à conforter l’image positive de ce papa qui était aussi un sportif de bon niveau (footballeur dans une équipe de Trégunc, athlétisme dans la Marine). Mais parfois aussi survenaient pour une autre fille des déceptions profondes notamment dans certains milieux professionnels où une certaine forme d’intolérance rejette parfois la mémoire, la mémoire de tous ces  jeunes hommes, ces jeunes papas,  morts pour la France, morts au nom de la défense de notre liberté, celle dont on jouit tous aujourd’hui. La solidarité de la communauté des gens de mer aux familles des disparus est précieuse et indispensable. Cette  communauté des gens de mer n’oublie pas les moments difficiles vécus par les familles, le temps du chagrin, de l’absence, du désespoir, des questions sans réponses… La photographie de Louis Nivez figure désormais au cénotaphe du Mémorial des marins morts pour la France aux côtés de centaines de valeureux marins « arrachés à l’oubli pour les rendre à l’histoire ». Le sacrifice de tous ces marins fait partie de notre mémoire et de notre histoire collective. Ce sont des héros dont nous sommes tous fiers. Aujourd’hui la descendance de Louis Nivez et d’Alexia Guillou, outre les 4 enfants, comprend 8 petits enfants Ronan, Loïc, Sylvie, Philippe, Christian, Pierre, Christophe et Yann et 8 arrières petits enfants Mewen, Clara, Fabien, Marion, Éva, Aurégann, Perrine, et Faustine. Tous sont légitimement fiers d’avoir eu un tel père, grand père, arrière grand père et d’en être les dignes descendants.

Il était Maître Météorologiste.
Son unité : Laplace
  • Croix de Guerre 39-45 avec étoile (s)
  • Citation à l'Ordre de la Division
Il est décédé le 16 septembre 1950.
Porté disparu
Son décès est inscrit à la commune de Trégunc
Document portant la mention MPLF : Jugement de constatation de décès n°22 du 4 avril 1951du Tribunal Civil de Brest

Laplace

laplace-11

La frégate météorologique Laplace, est une ancienne frégate américaine construite par le chantier « American Shipbuilding Co », mise en service au sein de l’US Navy en février 1944 sous le nom de USS Lorain (PF – 93), du nom de la ville de Lorain dans l’é...

Laplace
7206
Nivez
Trégunc
Finistère
GE
174943,174944,174945
Il a été décoré : Croix de Guerre 39-45 avec étoile (s),Citation à l'Ordre de la Division
Registre de l'état civil de la commune de Trégunc
C 12x17