Joseph Alphonse Paul PROVOST
Né le 25 septembre 1920 à Brest (Finistère (29))
CH-5 - Carentan
La classe Chasseur 5 est le nom donné à une série de 17 petites unités de la marine nationale destinée à la lutte anti-sous-marine dite "chasseur de sous-marin", mise en chantier en 1938.
Le programme de 1937 avait prévu la construction d’un nouveau type de chasseurs de sous-marins à coque acier pour remplacer les vieux chasseurs américains de type C1...
Joseph Alphonse Paul Provost est né à Brest le 25 septembre 1920 à Brest, dans le Finistère. C’est le second enfant de Joseph Zacharie, 33 ans, mécanicien de marine, et de Marguerite Françoise son épouse, déjà parents d’Aimée, née en 1914.
Les témoins de sa naissance sont Alphonse Maléjac, maître armurier en retraite, son oncle, et Jean Kermoal, ouvrier à l’arsenal, l’un et l’autre Brestois.
La famille habite au 25 rue Monseigneur Graveran, une petite rue située entre la rue de Paris, devenue rue Jean-Jaurès, un grand axe brestois, et la rue Conseil. Elle débouche à l’est sur la place voisine de l’église Saint-Martin, aujourd’hui place Maurice Gillet, résistant.
A l’opposé, elle était fermée par la rue Asile des Vieillards, Asile aujourd’hui disparu fondé par la congrégation des petites sœurs des pauvres.
La rue, assez densément peuplée, compte près d’une centaine de logements, ne disposant pas encore du confort contemporain.
Ainsi, nous explique Marguerite Sire, née en 1929 à Lambézellec et venue habiter à Saint-Martin, rue Coat-ar-Guéven en 1939, les appartements n’avaient pas l’eau courante, «le point d’eau était au coin de la rue, et si l’on voulait laver une salade, la salade allait à l’eau».
En ce qui concerne le linge, on le chargeait sur une brouette afin d’aller jusqu’au lavoir, occasion de rencontres et de sociabilité.
Quand vient le moment de scolariser le petit garçon, il apparaît probable que ses parents l’ont inscrit à l’école privée voisine, annexe de l’établissement Charles de Foucauld, où il a dû effectuer sa scolarité maternelle.
En ce qui concerne la scolarité élémentaire, il a pu la poursuivre à l’école Bonne-Nouvelle, devenue la Croix-rouge, qui tire son nom d’un fait-divers. A la suite d’un accident mortel au croisement de la rue Robespierre et de la rue Mirabeau on y a érigé une croix, par la suite peinte au rouge. C’était, comme le Pilier-rouge, le point à ne dépasser pour les marins en sortie.
L’établissement possède des classes professionnelles. Peut-être le jeune garçon a-t-il pu y recevoir une formation de mécanique ? En 1903, l’école préparait au concours de mécanicien de la marine. A Brest, cette formation disparaît après la Première guerre mondiale. Peut-être l’établissement, qui à la même époque augmente le nombre de ses ateliers et de ses formations, a-t-elle créé des formations de mécanicien ?
Quoi qu’il en soit, l’adolescent, qui ne figure pas sur les registres du Centre d’études industrielles, actuel Lycée Vauban, se diplôme dans cette discipline encore nouvelle.
Tout son temps n’est toutefois pas consacré à l’étude.
Ville dans la ville, le quartier Saint Martin offre d’ailleurs de nombreuses activités possibles, comme la pratique de sports, le football par exemple au patronage laïque.
Mais en 1933, la paroisse saint-Martin voit la création du 5ème groupe de scouts brestois, le groupe « Primauguet », qui a son local rue Arago, et auquel adhèrera très vite le jeune Joseph, dit Paulot en famille, pour le différencier de ses homonymes. Il a 13 ans,et apprécie l’apprentissage par l’action, principe moteur du groupe. Sociable, dynamique, il participe à toutes les activités, acquiert de nombreux badges, infirmier, cuisinier, coureur messager, secouriste… qui témoignent de la diversité de ses centres d’intérêt et de son engagement dans la vie du groupe, attesté jusqu’en 1938. Il sera d’ailleurs chef de patrouille en 1936.
Une photo en uniforme scout, prise en pied, sans doute alors qu’il est chef de patrouille, nous le montre campé bien droit sans rigidité, volontaire, allure sportive.
La vie à la maison connaît des changements. Sa sœur Aimée a rencontré un charmant jeune homme, Maurice Raoul, dessinateur à l’arsenal, qui habite justement rue Arago.
Ils se sont mariés à la fin de l’année 1934, alors que Paulot a 14 ans.
Le papa, retraité de la Marine, a repris un emploi comme ajusteur à la compagnie des Forges d’Hennebont et le petit dernier achève sa formation de mécanicien.
A la même période, le climat international s’alourdit, et le 3 septembre 1939, la France et son alliée l’Angleterre sont en guerre contre l’Allemagne. Son père n’est pas mobilisé, mais Joseph-Paulot voit des amis partir.
En Manche, Anglais et Français patrouillent de conserve, nouent des liens.
Mais la situation se dégrade sur le sol français qu’envahissent les Allemands en mai 1940. Le 18 juin, Pétain, qui a remplacé Paul Reynaud à la tête de l’Etat, annonce qu’il va demander l’Armistice.
Le 18 au soir, tous les navires ont quitté le port de Brest sous les bombes ou se sont sabordés.
Le 19, les Allemands descendent la rue Jean-Jaurès.
Chez les responsables scouts brestois, certains ont déjà gagné l’Angleterre.
Dès le 1er juillet 1940, Joseph Alphonse Paul Provost, qui n’a pas encore 20ans, s’engage comme volontaire dans la marine des Forces françaises libres, matelot breveté mécanicien. Son premier embarquement se fera à bord du croiseur cuirassé "Courbet", saisi par les Anglais à Portsmouth le 3 juillet puis versé le mois suivant aux FNFL. Il sert de batterie anti-aérienne jusqu’à la fin mars de l’année 1941, abattant cinq avions allemands sans jamais être touché, avant d’être désarmé.
Le jeune homme embarque alors à bord de La"Melpomène" torpilleur également saisi par les Anglais avant restitution aux FNFL, qui aura en charge l’escorte des convois vers la Norvège. Ce bâtiment rapide mais manquant de robustesse sera abordé par le destroyer HMS "Whitshed" lors d’une période d’essais. Réparé à Grimby, mais inutilisable, il sera finalement tranféré à la Royal Navy. Joseph quitte le navire le 8 janvier 1943.
Il restera deux mois à la caserne Bir Hacheim, à environ 10km de Portsmouth, avant d’être rattaché au groupe de Chasseurs, dont la base est Cowes, sur l’île de Wight. Les chasseurs sont des bâtiments rapides, mais extrêmement légers, de 100t seulement. Le 12 mars 1943, il est affecté au Chasseur 5, le "Carentan". Saisi auparavant par les Anglais, le navire, récent, vient d’être réarmé par les FNFL.
Ce matin du 21 décembre 1943, en dépit d’une tempête annoncée, le "Carentan" reprend la mer à l’aube pour accompagner jusqu’à Portsmouth le sous-marin anglais "Rorqual" un bâtiment mouilleur de mines de 2000t qui rentre de Méditerranée en passant par Gibraltar. Le Chasseur a quitté la base de Cowes la veille, et assure la protection du sous-marin qui navigue en surface depuis son arrivée à Falmouth. Mais aux abords de Swanage la tempête forcit et les vagues sont énormes. Trop léger, le Chasseur embarque mer par l’arrière, et, à 10.30, chavire et se retourne.
Il n’y aura que six survivants, dont trois recueillis immédiatement par le sous-marin.
Le matelot Joseph Provost est porté disparu.
Il venait d’avoir 23 ans.
- Croix de Guerre 39-45 avec étoile (s)
- Médaille de la Résistance
- Citation à l'Ordre de l'Armée de Mer
ESS
Livret de famille


