René Georges Marie LE DOLEDEC
Né le 14 juillet 1919 à Pléneuf (Côtes-d'Armor (22))
CH-5 - Carentan
La classe Chasseur 5 est le nom donné à une série de 17 petites unités de la marine nationale destinée à la lutte anti-sous-marine dite "chasseur de sous-marin", mise en chantier en 1938.
Le programme de 1937 avait prévu la construction d’un nouveau type de chasseurs de sous-marins à coque acier pour remplacer les vieux chasseurs américains de type C1...
René Georges Marie Le Dolédec est né à Pléneuf (22) le 14 juillet 1919. C’est le fils de François, maçon, et de Victorine Méheut son épouse. Il a deux frères, François, son aîné de 4 ans, Victor, son jumeau, et une sœur, Louise, âgée de 3 ans à sa naissance.
Connu depuis la préhistoire, le lieu a séduit des Bretons d’outre-Manche, qui y ont créé un bourg au 8ème siècle. Bien plus tard, il prendra le nom de Pléneuf, la paroisse de Saint Enoc. Située dans les côtes d’Armor, à 25km à l’est de Saint-Brieuc, et à 15km au nord de Lamballe, la commune porte le nom de Pléneuf-Val-André depuis 1965. C’est un territoire très diversifié : une façade maritime associant port de pêche et plages d’agrément, un arrière-pays plus agricole, près du bourg proprement dit, à moins de 3km du littoral.
Un peu plus loin, sur le cap d’Erquy, se fait l’exploitation des carrières. La famille Le Dolédec y a exploité une concession, celle de Maupas, à l’origine de l’actuel lac bleu, qui fermera en 1914.
La pierre est fine, mais d’extraction difficile, et permet la construction des routes. La pêche ne suffit pas à nourrir les familles, et durant la mauvaise saison elles vivent de l’activité de carrier, à son apogée entre 1900 et 1920, date à laquelle la pierre extérieure viendra concurrencer la production locale.
Lorsque naissent les jumeaux René et Victor, la commune comprend environ 2700 âmes, une population en baisse du fait de la Première guerre mondiale, qui a vu 115 noms s’inscrire sur le monument aux morts.
La famille habite au Chenay, juste à la sortie du bourg, à environ 2km du Dahouët où se trouvait l’école primaire. Sans doute la commune n’avait-elle pas d’école maternelle à cette époque, et ce n’est qu’à six ans que René et son frère ont accompagné leurs aînés sur le chemin du savoir. Quelques années d’insouciance, seulement, à parcourir en courant les chemins creux qui mènent vers l’école. A 13 ans, pour François, qui deviendra cantonnier, l’année suivante pour Louise, l’école est finie.
Bientôt viendra le tour de René et Victor, à 13 ans eux aussi, puisqu’il faudra attendre 1936 pour que la scolarité obligatoire soit prolongée jusqu’à 14 ans.
Jusque-là, la majorité des enfants entrait à 13 ans dans le monde du travail, afin de soutenir financièrement leurs familles.
Les jumeaux, qui se ressemblent comme des gouttes d’eau, au point de tromper jusqu’à leur mère lorsqu’ils échangent leurs rôles, sont très proches. Tous les deux, pour soulager leur famille, deviendront pêcheurs dès leurs 14 ans. Ils pratiqueront la pêche la plus rude qui soit, la grande pêche. Le travail, surtout les campagnes de pêche à la morue est particulièrement rude pour des enfants. Sur les « bancs », le travail sans fin est harassant, le froid, l’humidité, permanents, les enfants exposés à la peur, aux blessures, et à la brutalité des équipages, même si les familles font en sorte qu’une personne de confiance veille sur leur enfant.
Il est de règle que deux membres d’une même famille ne soient pas sur le même bateau, à cause des risques de naufrage.
Le premier, Victor embarquera à bord de la goëlette Saint-Charles, le 7 mars 1934. Ses embarquements croîtront en durée jusqu’en octobre 1937.
A Saint-Malo, Victor Pleven, mousse à 14 ans puis jeune capitaine, vient à 28 ans d’acheter son premier navire, l’ Immaculée Conception, puis le second, le Père Pierre. Son armement est créé. Il fonde la Compagnie des pêches, qui part pêcher la morue au large du Canada. Dès le 12 mars 1934, à 14 ans, René embarque comme mousse à bord de l’Immaculée Conception pour une période de six mois.
Le 9 mars 1935, on le retrouve bord du Père Pierre. Il quitte Saint-Malo pour effectuer une campagne de pêche entière à bord du navire, de la fin de l’hiver au début de l’automne. A la mauvaise saison, il regagne Pléneuf, et participe avec son frère Victor à l’empierrement des routes, afin d’aider sa famille.
Le 13 mars 1936 il fait de nouveau partie de l’équipage de l’Immaculée Conception pour une durée de six mois à nouveau. Il semble que ce soit son dernier embarquement au départ de Saint-Malo.
En effet, c’est à Rouen qu’il embarque le 6 octobre 1936, à bord du Gallois, qui pratique le cabotage. Il effectuera deux embarquements, pour une durée d’une année. Le cargo est propriété de la compagnie Odon de Lubersac, qui sera ensuite reprise par l’UIM, Union Industrielle et Maritime.
Cette compagnie a acquis antérieurement auprès de la compagnie anversoise un cargo de 2450t, rebaptisé Divona, en l’honneur de la ville de Cahors, dont c’était le nom romain.
Le 9 janvier 1938, ce sera la nouvelle affectation de René, pour une période d’une année en deux embarquements, au départ de Rouen puis du Havre.
Les chemins des jumeaux se séparent.
Victor quant à lui a embarqué à bord de la goëlette Saint-Charles, le 7 mars 1934 pour des périodes qui croîtront en durée jusqu’en octobre 1937, puis, un an avant l’âge de la levée, il s’engage dans la Marine nationale, le 25 juillet 1938.
Le 10 février 1939 est un grand jour, qui voit la famille Le Dolédec, au grand complet, réunie à Pléneuf autour des deux aînés : François épouse Jeanne Tanguy, et sa sœur Louise devient Madame Paul Desbeaux. Pour la plus grande joie de leurs parents et des mariés, les jumeaux sont tous les deux présents à ce double mariage. René est en civil, Victor porte l’uniforme. Tous sont heureux et souriants.
Y-aura-t-il d’autres rencontres ? Bientôt le ciel va s’obscurcir, et la seconde guerre mondiale éclater.
Le 20 juillet 1939, René, âgé de 20 ans, est incorporé au 2ème dépôt à Brest en tant que matelot de 2de classe sans spécialité. A l’issue de sa période de formation, il sera breveté canonnier, et deux mois plus tard, il sera promu quartier-maître, le 1er avril 1940.
Il embarque à bord du "Vaillant", chalutier réquisitionné par la Marine nationale, qui devient patrouilleur auxiliaire sous les ordres du LV Janvier. En réparation à Sheernes, le navire est saisi par les Anglais le 3 juillet. Le LV Janvier rallie alors les FNFL, mais l’état du navire va abréger son temps de service.
René embarque alors un mois à bord du cuirassé "Courbet" bâtiment base des FNFL qui assure la défense anti aérienne.
Le 14 janvier 1941, il signe son engagement comme FNFL, et embarque pour un an à bord du patrouilleur "Reine des flots" ancien chalutier armé devenu FNFL, qui fait escorte en Manche.
Se succèdent ensuite l’aviso "Arras", les corvettes "Commandant Drogou" et "Aconit", puis un séjour à la base de Clyde en Ecosse.
Le 28 novembre 1942, René rejoint la caserne de Bir Hackeim près de Portsmouth. Il embarquera ensuite à bord du Chasseur 13 "Calais", puis du Chasseur 14 "Dielette".
La population locale est reconnaissante aux FNFL de venir combattre à ses côtés, et les jeunes marins sont chaleureusement accueillis par les familles, qui veillent à ce qu’ils soient bien soignés, durant leurs permissions. Des amitiés se nouent, parfois même un peu plus.
Peut-être est-ce ainsi que René fait la connaissance de la jeune Betty, qui deviendra sa fiancée ?
Après la guerre, la jeune femme traversera la Manche pour faire la connaissance de la famille Le Dolédec, mais se verra voler ses bagages et ne pourra parvenir jusqu’à Pléneuf.
Le 1er avril 1943, René embarque à bord du Chasseur 5 "Carentan", qui vient d’être restitué aux FNFL après avoir été réquisitionné par les Anglais. Il a pour mission d’accompagner les navires et de protéger les sous-marins en surface des bombardements allemands, et aura navigué ainsi de la mer du nord à Gibraltar.
Le 20 décembre, il est chargé d’accompagner le sous-marin "Rorqual" jusqu’à Portsmouth où il doit entrer en carénage. Ils se sont rejoints à Falmouth : le sous-marin qui navigue désormais en surface doit être protégé des avions ennemis.
Tôt le 21 décembre, les deux bâtiments quittent ensemble Portland.
Mais aux abords de Swanage le temps se dégrade, la mer se déchaîne, les vagues sont immenses. Le Chasseur, en dépit d’une navigation au plus près des côtes, prend mer par l’arrière et se renverse.
Le quartier-maître canonnier René Le Dolédec est porté disparu, comme 20 de ses compagnons.
Il était âgé de 24 ans.
Mais René n’a jamais quitté son jumeau Victor : chez Victor, une photo encadrée de René en uniforme, croix de Lorraine fixée sur la vareuse, rappelait à a tous son histoire, et l’affection qui unisssait les deux frères.
- Médaille Militaire
- Croix de Guerre 39-45 avec palme (s)
- Médaille de la Résistance


