Albert Jean Joseph EMEURY

Né le 03 février 1922 à Sizun (Finistère (29))

Bretagne (cuirassé)

Cuirassbretagne

Bretagne : cuirassé construit à Brest en 1916. Après la capitulation signée par le maréchal Pétain, pour éviter qu'elle ne tombe entre les mains des Allemands, Churchill décide de détruire la flotte française qui stationne à Mers-el-kébir (6 km d'Oran) : opération Catapult. Les négociations entre les amiraux Somerville (anglais) et Gensoul (Français) échouent...

Bretagne (cuirassé)

Albert Jean Joseph EMEURY est né le 3 février 1922 à Sizun, dans le Finistère. C’est le second enfant de Jean François Marie et de son épouse Marie Perrine Cueff, déjà parents d’une petite Marie Louise, 3 ans. François Marie est journalier, et la famille habite au bourg de la commune, où vivent à l’époque environ 3 350 sizuniens.

Situé à la limite du Léon et de la Cornouaille, à 17km de Landerneau, 15km de Landivisiau, Sizun abrite sur son territoire, en Saint Cadou, le Tuchen Kador, sommet des Monts d’Arrée qui culmine à 382m. Le site est connu depuis la plus haute antiquité.

C’est un bourg essentiellement rural, qui connaîtra à l’époque de la culture et du tissage du chanvre et du lin un véritable âge d’or. Les toiles sont expédiées dans le monde entier à partir du port de Morlaix, et des fragments en ont été retrouvés jusqu’au Mexique. C’est à cette prospérité que l’on doit les enclos paroissiaux, financés par les «juloded », paysans ou surtout marchands de toile enrichis par ce commerce. L’arrivée sur le marché des toiles des Flandres y mettra fin au cours du 19ème siècle, et cette prospérité ne sera plus qu’un souvenir à la naissance du petit Albert.

Le bourg est cependant encore animé par des foires importantes, bêtes à cornes, porcs et moutons, qui se déroulent chaque troisième jeudi du mois.

Mais un événement dramatique vient bouleverser le cours de sa très jeune vie : sa maman décède le 12 mars 1922, cinq semaines après sa naissance, des suites de couches. Elle n’a que 23 ans.

En 1904, son papa a été diagnostiqué atteint d’une névrite optique lors du conseil de révision. Il a été réformé en février 1915 pour une atrophie du nerf optique double.

Il lui est donc impossible de s’occuper seul de ses deux enfants, et il bénéficiera de l’aide de sa mère, Yvonne Abgrall, et surtout de sa sœur Jeanne Françoise Emeury, célibataire au décès de sa belle-sœur, et proche de son frère. 

En novembre 1926, Jeanne Françoise épouse Amédée Provost, retraité de la marine. Le couple vient habiter à Pont Elorn, près des parents Emeury. Il est probable que vers la même époque Jean François et ses deux petits quittent eux aussi le bourg pour Dearan. Lors du recensement de 1931, ils y vivent en effet officiellement, chez Yvonne Emeury, la mère de Jean François, veuve depuis 1928.

C’est essentiellement Jeanne, toutefois, qui s’occupe de ses neveux. Elle devient maman à son tour, et la naissance du bébé, Amédée junior, réjouit ses cousins.

Louise et Albert sont déjà des écoliers à cette date. A cette époque, à Sizun, il n’existe qu’une école pour les garçons, l’école publique communale, que fréquentera le petit Albert.  C’est un bon élève, studieux et régulier, sportif aussi, titulaire du brevet départemental de natation à la fin de sa scolarité primaire en 1933. C’est également un bon camarade, ainsi que le montrent ses écrits, fort bien rédigés, mêlant humour et affection.

La famille est très impliquée dans la vie paroissiale, et Albert participe aux activités du patronage, devient enfant de choeur. Il accompagne même l’abbé Sanquer, vicaire à Sizun, lorsqu’il s’agit de se rendre dans les familles lors de la levée des corps, à l’occasion des enterrements. Ces déplacements pédestres donnent au prêtre l’occasion d’échanger avec l’enfant.

Le vicaire Jean Sanquer le dit, il aimerait faire d’Albert un prêtre.

La Société de Marie a à cette époque un fort apostolat dans le Finistère, à Saint Thégonnec, Guiclan, commune dont est originaire la famille du vicaire.

C’est sans doute à son instigation qu’Albert entre au petit séminaire (ou postulat) à Antony, en région parisienne, à l’institution Sainte Marie rue de Châtenay, chez les Marianistes. Construit à la fin du 19ème pour être le séminaire marianiste européen, fermé en 1905 puis réouvert et actif jusqu’en 1968, le scolasticat de théologie voisinait avec un noviciat et une école. La Société de Marie, qui associe Pères et Frères, se veut porteuse de « lieux de rencontre et d’enrichissement mutuel, avec un parcours d’éducation à la vie qui s’ouvre aux autres dans l’optique du bien commun ». La congrégation a encore aujourd’hui des établissements dans toute l’Europe et le monde.

Le 7 septembre 1934, Albert y fait sa rentrée en compagnie de 48 postulants de toute la France, dont 19 futurs sixièmes. L’année scolaire débute par un pèlerinage, à pied tout de même, à ND de Bonne Garde à Longpont, en Essonne. Elle est rythmée par le travail et les célébrations religieuses, quelques sorties, aussi, des projections, ou une fête. Parfois, des parents viennent visiter leur petit : c’est long, une année scolaire.

Mais pour l’enfant, qui n’a jamais quitté Sizun, la séparation d’avec sa sœur, son père, sa tante et son oncle, l’immersion dans une vie complètement collective, avec des règles plus strictes que celles de la famille, se révèle sans doute trop difficile. Après la retraite de fin d’année, il quitte définitivement Antony en compagnie du « groupe de l’ouest » qu’accompagne monsieur Potier. Le 2 août 1935, il est de retour en Bretagne, chez les siens.

La famille Provost habite désormais à Brest, rue de la Vierge, aujourd’hui rue de Glasgow, au numéro 105, sans doute depuis 1934. On peut penser que le jeune Amédée, comme le souhaite sa mère, y fréquente l’école primaire privée avant d’entrer à la « Croix-Rouge » pour y poursuivre des études secondaires. Albert y vivra au retour d’Antony.

Bientôt, il entre dans le monde du travail : sa carte d’immatriculation aux assurances sociales est datée de juin 1937, adressée au 22 rue Emile-Zola à Brest intra-muros, domicile du directeur du grand hôtel Continental à Brest, au 22-24. Edifié en 1913 lorsque Brest a envisagé de développer le port de commerce, et d'en faire le point de départ de lignes atlantiques, l’hôtel est situé au 41 de la même rue.

Il fallait bien sûr un établissement digne de ce nom pour accueillir les directeurs de compagnies maritimes, les voyageurs de renom, les ministres…

L’Ess d’Albert note qu’il était chasseur avant d’entrer dans la marine.

On peut donc penser qu'il a occupé cette fonction au Continental.

Il a tout-à-fait le profil, jeune, avenant, une certaine qualité d'instruction et une aisance évidente dans l'expression, bien éduqué...

Le métier de chasseur était plus confidentiel que celui de groom aujourd'hui.

Le chasseur pouvait être chargé de missions de confiance : réserver une place au spectacle, le choisir, même, mais aussi transmettre des messages, avec demande de réponse immédiate.

En 1938, sa sœur Marie Louise épouse Joseph Castel. Si le domicile officiel de la jeune fille reste Sizun, elle vient régulièrement à Brest. Son adresse brestoise est celle des Provost, désormais domiciliés 21 rue Henri-Barbusse, à Lambézellec.

Le 10 février 1939, Albert s’engage à Brest dans la Marine nationale, un engagement volontaire de 5 ans. Incorporé en tant que matelot de 2ème classe, il embarque le 2 mars à bord du croiseur ‶Tourville" , puis, le 12 avril, à bord du cuirassé "Courbet", navire école à bord duquel il obtient le brevet d’état de canonnier, le 25 avril.

Le 25 août, il quitte le « Courbet » pour l’AD 105 "Courlis", chalutier de construction britannique basé à Brest puis à Toulon, réquisitionné comme Arraisonneur-Dragueur. En Europe, le ciel s’est assombri, le 3 septembre la seconde guerre mondiale est déclarée. Les AD sont chargés de mission de patrouille et de protection dans le cadre de la lutte contre les mines et les sous-marins allemands.

Au début de l’année 1940, il bénéficie d’une permission à Brest, qui lui donne l’occasion de retrouver sa famille. Albert et sa sœur sont très liés, ainsi que l’indique une photo prise en février de la même année au bois de Boulogne, situé à l’extérieur de la ville de Brest, dont il longe les fortifications depuis la gare jusqu’au moulin à poudre. C’était un agréable lieu de promenade, où les Brestois avaient plaisir à se retrouver, qui abritait également une guinguette. Marie Louise est fort élégante, Albert porte l’uniforme et le bachi du marin.

Y-aura-t-il d’autres permissions ?

Le 13 février 1940, Albert est inscrit au rôle d’équipage du cuirassé "Bretagne", construit et mis en service à Brest en février 1916. Depuis, le navire a connu plusieurs refontes, réalisées aux chantiers de La Seyne-sur-mer, les chaudières à charbon ont été remplacées par des chaudières à mazout, et l’armement a été modernisé. Depuis le 3 juillet 1939 il est affecté à Toulon,  où il a rejoint la 2ème escadre de la Méditerranée.

En date du vendredi 1er mars 1940, au dos d’une carte postale représentant le "Bretagne", Albert écrit à son père, à qui il témoigne beaucoup d’affection «je suis arrivé à Toulon depuis mercredi matin, et je me plais assez sur mon nouveau bateau ». Il ajoute « je dois partir bientôt mais je ne sais pas où ».

Le cuirassé fait partie de la Force X, et se rendra deux fois à Halifax, au Canada, afin d’y transporter l’or de la banque de France, en décembre 1939 et en mars 1940. A son bord, cette seconde fois, le matelot canonnier Albert Emeury.

Le navire revient en France en effectuant des missions d’escorte de cargos.

 Ce sera ensuite Oran, le 15 avril, Alexandrie, puis, le 27 mai 1940, le cuirassé rejoint Mers-el-Kebir sous les ordres du vice-amiral d’escadre Gensoul, destinations dont sa famille n’a connaissance qu’avec un certain décalage, secret défense oblige, dans un courrier du 1er juillet.

Le 22 juin, la France signe une paix séparée avec l’Allemagne.

Le 23, Albert, , écrit à sa tante et son oncle Provost « Ces derniers jours, j’ai beaucoup pensé à vous, car d’après les journaux, ça allait très mal. Vous avez sans doute été plusieurs fois dans l’anxiété en voyant l’ennemi se diriger vers la Bretagne. Heureusement qu’ils ne sont pas allés jusqu’à Brest ». Le jeune homme, qui dit par ailleurs ne pas recevoir de nouvelles de Bretagne, ignore que l’ennemi occupe déjà le port militaire et la ville à cette date.

Le 3 juillet, Churchill lance l’opération « Catapult ». Alors que les navires français sont à l’ancre dans le port de Mers-el-Kébir, moteurs arrêtés, dos à la mer, les Anglais ouvrent le feu.

Le "Bretagne", touché, prend feu et chavire, causant la mort de près d’un millier de marins, au nombre desquels le matelot canonnier Albert Joseph Marie EMEURY.

Il a été cité à l’ordre du corps d’armée avec la mention suivante «Tombé glorieusement pour la France à son poste de combat»

C’était un adolescent, encore, il n’avait que 18 ans.

Il était matelot.
Son unité : Bretagne (cuirassé)
  • Médaille Militaire
  • Croix de Guerre 39-45 avec étoile (s)
Décédé le 30 juin 1940. Il est mort pour la France à l'âge de 18 ans.
Inscrit sur le monument aux morts de Sizun

EMEURY Albert Jean Joseph - Documents annexes

EMEURY Albert Jean JosephEMEURY Albert Jean JosephEMEURY Albert Jean JosephEMEURY Albert Jean JosephEMEURY Albert Jean JosephEMEURY Albert Jean JosephEMEURY Albert Jean JosephEMEURY Albert Jean Joseph
198705
EMEURY
Sizun
Finistère (29)
1922-02-03
1922-02-03
1940-06-30
03 Février 1922
H3
NULL
Il a été décoré : Croix de Guerre 39-45 avec étoile (s),Médaille Militaire
Acte de naissance
D 11x15
1940-06-30
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