Raymond Marie DREUDIN
Né le 18 juillet 1917 à La Dominelais (Ille-et-Vilaine (35))
Phénix
Sous-marin de 1 500 t, type Argo, lancé en 1930. Au printemps 1939 il se trouve à SaIgon. Un matin quelques minutes avant l'appareillage pour un exercice en mer de Chine, secteur de Cam Ranh, le chien du bord refuse d'embarquer. Dès que le Phénix a quitté le quai, l'animal monte à bord du sous- marin Espoir, qui appareille à son tour. Au cours de l''exercice, le 15 juin, les témoins voient soudain l'avant d'un sous-marin émerger à 45°, p...
Raymond, fils de François (24 ans) agriculteur et de Germaine ROBERT (19 ans) agricultrice, voit le jour au village de "la Grée" en La-Dominelais.
François devient cheminot, garde barrière à Bruz (35) et la famille, composée maintenant de Raymond, Robert, Marie et Germaine, s’épanouit dans cet environnement.
Raymond lui, est scolarisé dans la commune et obtient son certificat d’études. Peu enclin aux études, il exerce le métier d’électricien avant de s’engager dans la marine nationale. C’est pourquoi avec l’accord de ses parents, il signe le 8 août 1934 un contrat de 5 ans à 17 ans sous le matricule N°2195-B-34.
A cette date, il rejoint le « 2ème Dépôt des équipages de la flotte » à Brest où il reçoit son paquetage et les rudiments du marin avant de rallier le 25 août 1934 son premier bâtiment, le croiseur «Paris » bâtiment école des électriciens. Il quitte son bâtiment, le 1er avril 1935 avec les honneurs car il est promu matelot de 2è classe brevet élémentaire électricien. Il rejoint le « 5è dépôt des équipages de la flotte » à Toulon en attente d’être désigné à « la Flottille des sous-marins de la 3è région » le 23 juillet 1935. Raymond apprend tout du sous-marin et 6 mois plus tard est affecté à la « 3è escadrille des sous-marins » navigant tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre. Ses services sont reconnus et le 1er juillet 1937 il est promu matelot de 1er classe électricien.
En 1937, il embarque sur le sous-marin de grande patrouille "Phénix" à Toulon et est promu quartier-maître de 2e classe en janvier 1938.
Le 4 novembre 1938, son sous-marin accompagné de son sister-ship "Espoir" quitte Toulon pour être détaché aux " Forces Navales d’Extrême Orient (FNEO)" " afin d’y protéger les intérêts de la France face aux prétentions japonaises, avec ses batteries défaillantes ". Durant le déploiement il rencontre de nombreux problèmes techniques et c’est en surface qu’il doit rallier Saïgon le 16 décembre 1938. Sur zone les marins se plaignent de l’habitabilité mal adaptée de ce type de sous-marin sous les climats tropicaux. Ainsi il bénéficie de quinze jours de permissions en avril 1935 à l’« unité marine de Saïgon ».
Son excellent comportement lui vaut une nouvelle promotion au grade de second maître par décret du 29 janvier 1939 (Jo du 1er juillet 1939) ce qui l’encourage à signer pour un nouvel engagement de trois ans.
Le 15 juin 1939 au matin, les sous-marins "Phénix" et "L"Espoir" prennent part à des exercices devant Cam Ranh avec le croiseur "Lamotte-Picquet"et l'aviation. Le "Phénix" plonge pour ne jamais remonter à la surface à l’heure convenue. Après 24h de recherche, la perte du "Phénix" est confirmée. Commandé par le capitaine de corvette Bouchacourt avec un équipage composé de 71 hommes, le sous-marin repose par 100 mètres de fond. " Il aurait plongé panneau avant ouvert suite au shunt de la lampe témoin d'ouverture panneau ou explosion suite à l'accumulation de gaz batterie? " Soient les deux versions évoquées mais jamais confirmées.
De ce naufrage survivront deux marins : un resté à terre et le second permissionnaire ainsi que le chien du bord qui ce jour-là a refusé de monter à son bord préférant embarquer sur " L’Espoir " ?
Au nom du gouvernement , M. Daladier, président du conseil, fait alors la déclaration suivante:
" La Marine nationale est en deuil. Le sous-marin "Phénix" a disparu en plongée, au large des côtes d'Annam. Officiers, officiers-mariniers, quartiers-maîtres et marins, magnifiquement solidaires dans l'accomplissement de leur devoir, ont donné leur vie à la Patrie. Ils assuraient, sur des mers lointaines, la garde sacrée aux frontières de notre Empire colonial. Ils étaient les sentinelles de la paix et de la France. Ils sont morts au service de ce double idéal avec la simplicité des héros. La nation toute entière communie aujourd'hui dans une même pensée. Elle pleure ses morts. Elle s'associe pieusement au deuil des familles des soixante-et-onze braves du "Phénix", mais elle retrouve dans leur sacrifice l'exemple des vertus qui ont fait la France".
Par décision ministérielle du 24 juin 1939, l’équipage du sous-marin " Phénix "a reçu du ministre de la marine la citation suivante à l’ordre de l’armée de mer :
" Le commandant, les officiers, officiers mariniers quartier-maître et marins du sous-marin " Phénix ", glorieusement disparus au service de la France dans l’accomplissement de leur mission au large des côtes d’Annam le 15 juin 1939 ".
Raymond est titulaire de la médaille militaire, par décret du 17 juillet 1939.
Le jugement déclaratif de décès est rendu par le tribunal civil de Toulon le 27 décembre 1939, et transcrit à la mairie de La Dominelais.
Depuis ces malheureux, disparus loin de leur patrie, ne sont pas oubliés :
-Le 25 avril 2021, la " mission Jeanne d’Arc " avec à sa tête le porte-hélicoptère amphibie "Tonnerre " rend hommage aux sous-mariniers du " Phénix " "à la verticale du sanctuaire du sous-marin".
-En 2024, une équipe du groupe " La voix du souvenir "rallie le Vietnam avec l’intention de localiser l’épave et connaître la cause du naufrage mais au dernier moment le Vietnam lui refuse la plongée.
-Le 29 septembre 2025, un hommage est rendu aux familles des marins du sous-marin " Phénix "à l’espace tradition de l’"ESNLE " (Escadrille des Sous-marins Lanceurs d’Engins) en présence d’Erwan L’Her ( auteur de " la malédiction du Phénix ", et membre de " La voix du souvenir ").
Raymond célibataire, disparaît à 22 ans avec tout l'avenir devant lui après 5 ans de service embarqué et trois mois à terre. Il laisse derrière lui une famille éplorée et sa sœur Marie qui sera marquée par cette tragédie. Puis, ensuite par celle de son deuxième frère Robert affecté au " 3è légion de marche de la garde républicaine " tué dans une embuscade en 1952 à Lo Xuyen, en Indochine. Marie de son frère, " a conservé ses lettres, son pompon de matelot et le bandeau de son bachi ".
Le nom de Robert figure sur le mémorial des sous-mariniers à Toulon et sur le monument aux morts de Bruz (35).
Sources :
- courrier de la famille
- tradition Ecole Navale
- Etats de service
- Genweb mémorial
- « La malédiction du Phénix« d’Erwan L’Her
- Eric Gragnic
- Médaille Militaire


