Jean-Marie LABOUS
Né le 04 décembre 1903 à Saint-Frégant (Finistère (29))
Pluton
Le « Pluton » était un croiseur de 2e classe, mouilleur de mines. En plus de sa fonction de mouilleur de mines, il avait été conçu pour pouvoir être utilisé en tant que transport de troupes rapide, dans ce rôle il était capable d’embarquer un millier d’hommes.
Sa construction avait débuté à l’arsenal de Lorient en avril 1928. Mis à...
Jean Marie, fils de Jean, marin retraité (49 ans) et de THOMAS Marguerite, ménagère (31 ans) voit le jour au lieu dit "Kerdroc" en Saint Frégant canton de Lannilis.
Il passe son enfance et effectue sa scolarité dans cette commune en compagnie de ses frères Martin, Emmanuel, Joseph, Jean-François, Guillaume et de sa sœur Marie-Anne. Son certificat d’études en poche, il s’exerce dans un premier temps comme cultivateur mais c’est vers la mer qu’il se tourne comme son père.
Il entre dans la Marine nationale le 16 avril 1923 comme engagé volontaire pour 3 ans. Immatriculé sous le N° 128.035 au "2eme Dépôt des équipages de la flotte" de Brest il y fait ses classes et reçoit son sac de marin avec une taille de 1,70 m. Il est dirigé le 1er juillet 1923 vers le cuirassé "Patrie" bâtiment école des torpilleurs, pour suivre les cours de spécialité et en sort avec le grade de matelot de 2e classe breveté torpilleur. Dans l’attente d’une affectation, il rejoint le "2e dépôt des équipages de la flotte" de Brest pour rallier le 18 août 1924, le cuirassé "Condorcet" appartenant à la division d’Orient. Il apprend très bien son métier, reçoit le grade de quartier-maître le 1er janvier 1926 mais arrivé à ses trois ans d’engagement il hésite à rengager et quitte la Marine le 16 avril 1926 avec le certificat de bonne conduite : mention " très bien".
Le 13 juin 1926 à Guissény, il prend pour épouse CREFF Marie Jeanne. De leur union naîtront 3 enfants. Odette 1927, Jean 1931 ( héritage du prénom de son père et de son grand-père) et Marcel 1939. Ils sont domiciliés au lieu-dit "Bel Air" à Lesneven (29).
Cependant avec ce changement dans sa vie privée, le 22 octobre 1926 il signe un renouvellement d’engagement d’un an avec prime, pour servir avec fidélité et honneur en qualité de quartier-maître torpilleur. Il repasse par le 2è dépôt des équipages de la flotte de Brest puis le 24 avril 1927 celui du " 5e dépôt des équipages de la flotte " de Toulon. Il rallie ensuite le 18 juin 1927 le "CAM ( Centre Aéronautique Maritime)" de Saint Raphaël pour une durée de 4 ans. Dès lors Jean est marin dans l’âme et naturellement signe pour un contrat de trois ans le 16 septembre 1927.
Le 1er janvier 1930 c’est une promotion au grade de second maître qui couronne ses services. Néanmoins, sa Bretagne lui manque alors il regagne le 17 avril 1931 le " 2e dépôt des équipages de la flotte " de Brest, en transit avant de retrouver la mer sur le croiseur lourd "Tourville" le 1er août 1931. Ses pérégrinations ne s’arrêtent pas là car le 29 novembre 1934, il rallie à Rochefort " la flottille des sous-marins de la 3è région " où il reçoit la formation de sous-marinier avant d’embarquer à " la flottille de la 4e région " à Bizerte le 1er mars 1935 avec le CNSM ( Certificat Navigation Sous-Marine) en poche.
N’est ce pas là une reconnaissance de ses compétences !!! Après ce bref passage dans la sous-marinade il remonte à Brest en passant encore une fois par le " 2e dépôt " pour effectuer ensuite des missions sur le contre-torpilleur " Jaguar " en juillet 1937 puis sur le destroyer "Milan " du 16 septembre 1937 au 25 octobre 1938.
De là, il rejoint à Lorient le croiseur de 2è classe mouilleur de mines " Pluton " qui change d’activité et passe de Lorient à Brest où il charge à son bord, le 2 septembre 1939, veille de la déclaration de guerre à Brest 125 mines " Bréguet " destinées à protéger les atterrages du Maroc. Ce jour-là le " Pluton " avec la force du " Raid " met le cap sur Casablanca. Arrivé le 5 septembre, les marins en profitent pour découvrir la ville puis le 12 au soir l’opération de minage est annulée. Il faut désarmer les mines.
Le 13 au matin sur le " Pluton " à quai, une mine explose provoquant par sympathie la mise à feu des autres mines du bord, détruisant le bâtiment. La perte en vies humaines s’établit à 196 morts dont 171 " présumés disparus " les torpilleurs en sont les premières victimes. Cette explosion phénoménale est entendue jusqu’à 100 kms.
Tous ces morts sont les premiers marins Mort Pour La France (MPLF) de la seconde guerre.
" Cette destruction peu communiquée à l’époque peut être: soit le constat que nos équipages sont mal formés ou nos matériels défaillants " soit la multiplicité des activités possibles du "Pluton " : EATM (Ecole d’Application de Tir à la Mer) – mouillage de mines – transport rapide de troupes. Elle laisse un trouble aux historiens.
D’autant qu’à compter de l’été 1940, le " Pluton " devait servir de bâtiment annexe de la " Jeanne d’Arc " école d’application et s’appeler " La Tour d’Auvergne ".
Ces 196 malheureux marins n’ont trouvé qu’une misérable sépulture dans le cimetière Ben M’Sick de Casablanca. La plupart des inscriptions sur les tombes portent la mention : "inconnu- Le Pluton mort pour la France le 13/09/1939". (voir photo)
Jean-Marie, second maître, meurt à 36 ans avec un avenir brillant devant lui. En 16 ans de service effectif, il a connu tous les moyens de la marine : (Force de surface (8 ans d’embarquement), aéronautique (1 an 1 mois de service aérien), sous-marins (2 ans 5 mois de service sous-marins)) Il laisse derrière lui une femme et trois jeunes enfants (12 ans, 8 ans et 7 mois). Ils seront adoptés par la nation.
Dire que Jean-Marie écrit dans sa dernière lettre en date du 1er septembre 1939 : "… être à tes côtés et à côté de nos trois petits trésors, de sitôt peut être chérie je ne crois pas le pouvoir, mais il faut espérer que ça arrivera encore, que le bon Dieu sera avec nous ".
Décoré chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 21 juin 1951, il est cité à l’ordre du Corps d’Armée, par ordre n°315 E.M.G/O du 15 mai 1951 pour le motif suivant : " Tombé glorieusement pour la France à son poste de combat ". Cette citation comporte l’attribution de la croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil. Jean est également médaillé militaire du 20 janvier 1936.
Le jugement déclaratif de décès du tribunal civil de Casablanca date du 10/11/1939 et à Brest le 30 octobre 1940. l’acte de décès est transcrit le 03 décembre 1940 à la mairie de Lesneven.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Lesneven et au cimetière Ben M’Sick de Casablanca.
Sources :
- lettre de sa petite fille Marie-Anne
- Documents militaires familiaux
- Photos de la famille
- Internet : Mémoires des hommes, Genweb
- ESS -SHD de Brest
- Geneanet : généalogie JY et chantal AUBRY
- Légion d'Honneur (chev.)
- Médaille Militaire
- Croix de Guerre 39-45 avec étoile (s)
- Citation à l'Ordre du Corps d'Armée



