Frédéric Le Mouillour Mémorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 
 

Le Calvados - Paquebot

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" Le Calvados" était un cargo construit en 1890 aux chantiers Cockerill Yard à Hoboken-Antwerp Belgique pour la Compagnie générale transatlantique.

Caractéristiques : 1658 tonnes - 87mètres de long - 10,5 mètres de large – propulsion vapeur - vitesse 12 nœuds.

Avant le déclenchement de Première Guerre Mondiale, le cargo assure, entre-autres missions, le service postal en Méditerranée. Durant la Grande Guerre, « Le Calvados » est réquisitionné comme transport de troupes. Il effectue régulièrement des traversées entre la France et l'Algérie dans les deux sens avec des soldats comme passagers. Le 2 novembre 1915, « Le Calvados » appareille de Marseille vers Oran en Algérie. A son bord, en plus des 17 officiers et 55 hommes d’équipage, il y a 804 hommes du 8è Régiment de Marche de Tirailleurs Tunisiens.

Sur les ordres du général Joffre, le 8e RTT, qui a combattu en France sur le front de l'est depuis 1914 sans être relevé, rentre en Algérie pour remplacer un autre régiment de tirailleurs qui revendique l'honneur de combattre en France à son tour.

Dans l'après-midi du 4 novembre 1915, vers 15h00, le commandant du cargo, le capitaine au long cours Dominique Catinchi, aperçoit dans l'ouest un sous-marin allemand à environ 7 milles. Ce sous-marin est en train de couler au canon le cargo " Dahra" qui commence à sombrer.

Le commandant essaie de fuir l'engagement pour préserver les hommes à bord. « Le Calvados » possède bien une installation de T.S.F mais pas d'opérateur, le signal d'alerte ne peut donc pas être envoyé. Le commandant décide alors de mettre le cap sur Mostaganem qui est plus proche que Oran, son navire marche à 11 nœuds, mais le sous-marin se rapproche à la vitesse de 18 à 20 nœuds. L'engagement est inévitable. Le sous-marin allemand U-38 lance alors une salve d'artillerie de 15 obus dont au moins un atteint le cargo, mettant hors d'usage son appareil propulseur.

« Le Calvados » ne possède pas de canon et ne peut donc pas riposter. Le commandant Catinchi ordonne alors l'évacuation du navire. Les embarcations sont mises à la mer. L'équipage se conduit héroïquement et tente de faire évacuer le navire en bon ordre. Mais les tirailleurs, malgré leur courage au combat, ne sont pas familiers des choses de la mer, beaucoup ne savent pas nager et la panique gagne, malgré les gilets de sauvetage qui ont été capelés. Environ 400 hommes restent agrippés au pont par crainte d'un séjour dans l'eau. Le navire dispose de 6 canots et 2 radeaux soit seulement 250 places pour plus de 800 passagers. Tous les hommes ont pu être équipés de gilets de sauvetage. Certaines embarcations, surchargées, rompent leurs bossoirs, précipitant tout le monde à la mer.

Le sous-marin s'approche du cargo stoppé et qui n'est pas armé et lui envoie une torpille qui explose dans la cale n°3, alors même que l'évacuation est encore en cours et que 400 hommes sont toujours à bord.

A environ 22 milles du cap Ivy (Arzew, Algérie), « Le Calvados » coule rapidement par l'arrière, il se redresse à la verticale et sombre en quelques secondes entrainant avec lui un grand nombre des hommes restés prostrés sur le pont. 400 hommes environ surnagent, accrochés à des radeaux ou à divers esquifs, planches, panneaux de cale, épaves flottantes diverses…

L'équipage du sous-marin contemple froidement les hommes en train de se noyer. La nuit approche, au matin beaucoup sont morts de froid. Sur les radeaux les rescapés s'accrochent encore. Vers le milieu de l'après-midi du 5 novembre, soit 24 heures après le torpillage, un bateau s'approche enfin, il s'agit d'un navire britannique le "Lady Plymouth" qui stoppe et met ses chaloupes à la mer. 55 naufragés sont secourus et réconfortés par l'équipage du "Lady Plymouth". Le commandant J. B.Watson du "Lady Plymouth" et son équipage ont été magnifiques de courage et d'humanité dans ce sauvetage. Ils ont pris le risque d'être eux-mêmes torpillés.

Selon le Capitaine Georges Barré du 8è R TT, (voir son récit du naufrage lien en PJ), le "Lady Plymouth" a récupéré 43 militaires dont 4 officiers et 4 marins, soit 51 survivants sur les 872 passagers et membres d'équipages du cargo. Selon certaines sources, le nombre total de survivants serait d'environ 130 hommes. Outre ceux sauvés par le "Lady Plymouth" certains auraient pu regagner la côte algérienne dans des embarcations de sauvetage ou accrochés à des épaves flottantes. Beaucoup de corps seront ultérieurement récupérés sur les côtes algériennes.

Le capitaine au long cours, Dominique Catinchi, commandant du cargo "Le Calvados" sera cité à l'ordre de l'Armée navale en octobre 1917 avec la mention :

"Disparu après s'être courageusement dépensé pour tenter de sauver son équipage et ses passagers lors du torpillage de son bâtiment, le 4 novembre 1915. Déjà cité à l'ordre de l'armée en raison des circonstances de sa mort (JO du 31 octobre 1917)."

Son nom est gravé sur le monument aux Morts de Canari en Haute-Corse.

Plusieurs autres membres de l'équipage et du 8è TTT ont également été cités pour leur comportement courageux et l'aide apportée à leurs compagnons d'infortune dans ce naufrage.

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