Frédéric Le Mouillour Mémorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 
 

Berthilde - Navire de servitude

Berthilde001

Caboteur allemand construit en 1886 aux chantiers Rostocker, Rostock, Allemagne.

Immatriculé à Hambourg, est exploité comme bateau de sauvetage pour le compte de la Nordischer Bergungsverein.

Caractéristiques : 672 t ; 537 tjb ; 750 cv ; 1 hélice ; 52 x 8,3 m. vitesse 13 nd.

Le "Berthilde" est saisi en septembre 1916 par les autorités navales alliées, au même titre que les autres navires de commerce ennemis séjournant dans les eaux grecques. Sabordé par son équipage, il est réparé à Salamine et vidé de tout son matériel. Il est envoyé à Corfou pour une remise en état en vue d’être utilisé par l’armée navale comme bâtiment de servitude.

Au cours de sa première mission, le "Berthilde" est torpillé le 12 juillet 1917 par le sous-marin autrichien "U-4"dans le sud de l’Italie.

Circonstances de l’évènement :

Le "Berthilde" appareille de Corfou le mercredi 11 Juillet 1917 à 18h00. Malgré les efforts des services de ce port pour le remettre en état, c’est dans des conditions de préparation très dégradées qu’il reçoit sa première mission :

- équipage constitué de marins prélevés dans l’armée navale, dont certains inexpérimentés ; - pénurie complète de matériel de navigation : absence de montre, de chronomètre, de carte, de longue-vue, une seule paire de jumelles à bord ; - pièce de 90 pouvant tirer 1 coup par minute, 7 hommes sont nécessaires à sa manœuvre.

Sa mission : rallier Bizerte (Tunisie) pour y prendre la coque du "Phlegeton" (vieille canonnière cuirassée de 1892 rayée du service) et la ramener à Corfou où elle doit servir de but aux bâtiments de l’armée navale. Son équipage est de 53 hommes. Vitesse du bâtiment 8,5 nœuds. Le 12 Juillet à 16h00, à 20 milles à l’Est de la pointe Stilo (côte Sud de l’Italie), le sillage d’une torpille est aperçu à très courte distance sur bâbord arrière. L’explosion se produit à hauteur de la cale arrière, le "Berthilde" coule en une minute entraînant avec lui 25 hommes.

Une seule embarcation sur cinq est utilisable, 28 survivants dont le commandant, le lieutenant de vaisseau Ohl, s’y réfugient. Le sous-marin, en surface, se rapproche d’elle montrant son pavillon autrichien tenu à la main. Un officier se renseigne sur la mission, la nature du bâtiment coulé et sur la présence de blessés. Les deux hommes les plus grièvement blessés sont accueillis sur le sous-marin, reçoivent des soins sommaires puis sont remis dans l’embarcation. Prise en remorque après que le commandant ait été contraint d’embarquer sur le sous-marin, celle-ci est abandonnée à cinq miles du cap Stilo. Vers 20h00 l’embarcation, à l’aviron, accoste sur la plage de Monasterace. Les 27 survivants sont recueillis avec chaleur par les douaniers italiens et le personnel du sémaphore. Les 6 blessés sont dirigés sur l’hôpital de Melito di Porto Salvo, l’un d’eux succombera à ses blessures le 19 juillet.

Les 21 valides sont dirigés le lendemain sur Reggio où le consul de France les fait habiller le mieux possible. Le 15 Juillet ils rejoignent Tarente et embarquent sur le croiseur auxiliaire "Numidia" pour rentrer à Corfou. Le commandant reviendra de captivité en mars 1919.

Le "Berthilde" a été cité à l’ordre de l’Armée en ces termes :

"Le bâtiment de sauvetage BERTHILDE : torpillé par un sous-marin ennemi en mer Ionienne, a coulé en une minute. La moitié de l’équipage a disparu avec le bâtiment. Tous à bord ont donné de beaux exemples de sentiment du devoir, de dévouement et de sang-froid".

Sources :

Sources -

Texte : Guerre 14/18 - Citations à l’ordre de l’Armée des formations et bâtiments de la Marine française - Faits de guerre -   Rapports et témoignages (Gilbert Delannoy) ;

 Photo : site "Forum page 14/18".

Navire de servitude