Frédéric Le Mouillour Mémorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 
 

Sequana - Paquebot mixte

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Le paquebot mixte "Séquana" est construit en 1898 par les chantiers" Workman Clark and Co Ltd" à Belfast (Irlande du Nord). Son premier propriétaire, de 1898 à 1912, est la compagnie "Ellerman City Line Ltd "de Glasgow et il navigue alors sous pavillon britannique et porte le nom de "SS City of Corinth".

Le navire est propulsé par une machine à vapeur et doté d'une unique cheminée, il mesure 135 mètres de long et déplace 12000 tonneaux.

En 1912 le paquebot devient la propriété de la "Compagnie de Navigation Sud Atlantique " (CSA Bordeaux). Il prend alors le nom de "Sequana", d'une divinité gauloise, et navigue sous pavillon français. Il est affecté au transport de passagers et de marchandises avec l'Amérique du Sud.

Pendant la première guerre mondiale il est réquisitionné et convertit en transport de troupes. Il est alors armé d'un canon de 75 mm à l'arrière.

En mai 1917 le paquebot, en provenance de Buenos-Aires, fait escale à Dakar pour embarquer 400 tirailleurs sénégalais et 166 passagers civils et militaires dont 36 femmes et 31 enfants. L'équipage comprend 99 officiers et marins. Le navire est commandé par le capitaine au long cours, le lieutenant de vaisseau E. Prudenti.

Le 28 mai 1917 le paquebot appareille de Dakar vers Bordeaux avec 665 personnes à bord.

Il transporte en outre dans ses cales du sucre, du blé, du tabac, des haricots, de la laine et des peaux.

Le 8 juin vers 3h00 du matin le navire se trouve près de l'ile d'Yeu à 5 milles de la pointe des Corbeaux et fait route au sud/sud est vers Bordeaux selon la route qui lui a été indiquée par les autorités maritimes.

A 3h05 une torpille, lancée par le sous-marin allemand "UC-72", le frappe sur tribord à la hauteur de la cloison séparant la chaufferie de la soute à charbon avant.

Les canonniers à leur poste de combat aperçoivent alors le sous-marin à la lueur de la lune partiellement masquée par des nuages. Ils parviennent à envoyer une salve de 3 obus dans sa direction mais ne peuvent pas distinguer le résultat de ce tir.

Le commandant sait rapidement que son navire va sombrer, il donne aussitôt l'ordre d'évacuation et ordonne de stopper pour casser l''erre du bâtiment et ainsi faciliter la mise à l'eau des embarcations. L'équipage gagne rapidement, en bon ordre les postes d'évacuation assignés.

L'embarquement des passagers sous le contrôle de l'équipage dans les canots se fait en bon ordre, les femmes et les enfants d'abord, sous les directives du commandant.

Le commandant espère encore pouvoir échouer son navire pour limiter les pertes. Mais le navire s'enfonce par l'avant et la machine est rapidement hors d'usage.

Le bâtiment s'enfonce alors par l'avant et coule à 3h30 en chavirant sur bâbord, 25 minutes après avoir reçu la torpille.

Les rescapés sur 12 baleinières et sur deux bateaux de pêche sont débarqués à port Joinville sur l'ile d'Yeu. Une partie d'entre-eux est accueillie à l'école du village de Saint-Sauveur.

Le commandant Prudenti est resté jusqu'au dernier moment sur la passerelle, à son poste pour diriger les opérations de sauvetage. Il a été récupéré après un séjour d'une demi-heure dans l'eau.

Sur 665 personnes à bord, 198 tirailleurs sénégalais, 3 passagers et 6 hommes d'équipage ont perdu la vie dans le naufrage, soit 207 personnes.

La perte tragique d'un si grand nombre de tirailleurs semble pouvoir s'expliquer par l'absence d'expérience maritime de ces jeunes recrues, provenant pour la plupart des villages de l'intérieur du Sénégal et par le fait qu'il n'y avait pas dans l'encadrement assez d'interprètes du langage Mossi parlé par la plupart de ces tirailleurs. De ce fait les instructions d'évacuation n'ont pas pu être toujours bien comprises. Totalement perdus, certains montent dans la mâture, d’autres cherchent à entrer dans leurs cabines, mais bon nombre d’entre eux demeurent prostrés dans les coursives. Serrés les uns sur les autres, ils restent là jusqu’au dernier moment.

D'autre part, malgré les ordres du commandant qui imposait aux baleinières de rester dans les parages du naufrage, celles-ci ont mis cap sur la terre et n'ont donc pas pu contribuer à aider les rescapés accrochés sur les radeaux ainsi que ceux simplement soutenus par leurs gilets de sauvetage et qui sont morts de froid dans la nuit.

Les corps des 198 tirailleurs, venus défendre un pays qu'ils ne connaissaient pas, ne disparaîtront pas tous. Certains vont dériver vers les côtes se situant vers le sud/est du lieu de naufrage : 5 sur la commune d’Ars, 1 sur la Couarde, 6 au Bois-plage, 2 sur l’île d’Aix, 1 à Fouras, 29 à la Rochelle, 4 à St Denis d’Oléron, 4 à St Georges d’Oléron et 2 à St Pierre D’Oléron.

Dans toutes ces communes tous les corps furent inhumés, avec les honneurs, dans les carrés des "Enfants Morts pour la France".

La commission d'enquête maritime nommée suite au naufrage est composée : du capitaine de frégate de réserve Martinier, délégué permanent du commandant de la marine: président, de l'administrateur de 1ère classe Du Bouetiez de Kerorguen et du capitaine au long cours Morice. La commission a conclu, après une enquête approfondie auprès des survivants, que le capitaine au long cours, le lieutenant de vaisseau auxiliaire Prudenti, commandant le "Sequana" :

"A organisé d’une manière très efficace les dispositions de sauvetage et a fait preuve lors du torpillage de son bâtiment au milieu de la nuit des plus grandes qualités de sang-froid et d’énergie, réussissant à sauver la presque totalité du personnel ruropéen et une grande partie du contingent de troupe indigène qu’il transportait".

Le commandant Prudenti est cité à l'ordre de l'Armée avec la mention:

"Pour le sang-froid et le courage dont il a fait preuve lors du torpillage de son bâtiment à bord duquel il avait fait prendre les meilleures dispositions de sauvetage".

Plusieurs autres membres de l'équipage ont également été cités pour leur dévouement et leur courage lors des opérations de sauvetage :

Le 1er maître de timonerie Tallec

Le 2è capitaine Etienne Félix de Paimpol

Le 2è mécanicien Plachot du Havre

Le contrôleur des services postaux Beresti

Le télégraphiste Albert Barreau

Le sous-intendant militaire Trioreau

Le cambusier Escourre

Le chauffeur Layas

Le routier Baba Diaye

A la Pointe des Corbeaux, sur l'ile d'Yeu, une stèle représentant un tirailleur éploré face à la mer et une plaque relatant les faits commémorent ce tragique naufrage qui a coûté la vie à 207 personnes.

Sources :

Sources :

  • Le Temps, n° 20.435, Lundi 18 juin 1917, p. 2, en rubrique « Sur mer ».
  • Le Matin, n° 12.164, Lundi 18 juin 1917, p. 2, en rubrique « Sur mer ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sequana_(paquebot)

 

https://forum.pages14-18.com/viewtopic.php?

 

https://wrecksite.eu/wreck.aspx?31809

 

 

 

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Paquebot mixte