Frdric Le Mouillour Mmorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 
 

La Jonque - Chalutier

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La Jonque était un chalutier côtier pêche arrière à coque acier. Il avait été construit en 1978 au chantier Piriou à Concarneau pour le compte de Raymond Le Coz de Lesconil. Immatriculé au quartier du Guilvinec (GV 407029) il s’était d’abord appelé Cascadeur II.

D’une longueur de 16,20 m, une largeur de 4,98 m, il jaugeait 29,83 tonneaux, était propulsé par un moteur Poyaud de 414 cv qui lui donnait une vitesse de 9 nœuds.

En fin d’année 1986, Laurent Quéroué, de Concarneau le rachète, en co-propriété avec son père Robert et le rebaptise  La Jonque. Laurent Quéroué en sera le patron, un des plus jeunes du port de Concarneau, et son père assurera les fonctions de chef mécanicien.

La Jonque avait appareillé de Concarneau le 10 mai 1987 pour rejoindre son secteur de pêche habituel, à une soixantaine de milles dans l’W/SW de Ouessant. La dernière communication radio de La Jonque date du jeudi 14 mai 1987 à 9 heures. Il s'agissait d'une conversation avec un autre chalutier, le Soizic. Ensuite, pendant deux jours, silence radio total, silence inquiétant qui conduit au déclenchement de recherches, le samedi 16 mai 1987 dans l’après-midi.

Le 17 mai, la visibilité est supérieure à 10 milles, et le plafond de nuages très haut, quand, à 15HO9, un des deux avions survolant une région assez éloignée du lieu présumé du naufrage, alerte le CROSS-CORSEN qui coordonne les opérations, et signale « un objet brillant»; à 15H20, il décrit: « un truc orange sur l'eau, ça peut être un dinghy avec possibilité d'une personne à bord et d'une autre à côté.» Un appel à tous les navires à proximité est lancé, y compris à un cargo polonais qui semble ne rien entendre. Un autre avion de la marine nationale, avec un équipage spécialisé dans ce genre de mission, arrive sur zone et affirme à 15H27, que «deux hommes se trouvent à bord du dinghy». Plusieurs canots pneumatiques sont largués, dont à 15H56, un dinghy de sauvetage SAR de 180 kilos. A 19 h, on annonce officiellement qu'il y a eu méprise: il n'y aurait pas deux naufragés et un dinghy, mais une simple combinaison de sauvetage flottant entre deux eaux, combinaison qui sera d'ailleurs repêchée.

Les recherches seront ensuite abandonnées et, tout espoir perdu, La Jonque sera considérée disparue corps et biens avec ses cinq marins, commencera alors un long combat judiciaire qui va durer plus de six ans.

Au mois d’août 1991 un magistrat décide de procéder au renflouement de l'épave, opération qui dure jusqu’au 30 août, La Jonque sera finalement retrouvée sur des fonds sableux, puis ramenée à Brest et hissée sur un quai en vue de procéder à des expertises. Chacun peut alors constater sur un de ses flancs une profonde trace de frottement longue de plusieurs mètres (nettement visible sur des photographies prises par la presse et sur des films réalisés par les familles des victimes). Comme si le chalutier avait été heurté par un gros objet sous-marin...

Une plainte, déposée par deux familles de victimes, sera enregistrée en janvier 1988 pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. La partie civile avait notamment avancé l'hypothèse d'une collision avec un sous-marin. La marine nationale avait démenti toute implication dans ce naufrage. En 1991 la marine nationale sera mise hors de cause et le communiqué du parquet de Quimper citant les conclusions de deux expertises générales conclue : « aucune intervention extérieure n'a contribué au naufrage et le chalutier a chaviré sous l'effet d'actions non accidentelles ». L’enfoncement de la coque sur bâbord sera attribué au choc au moment de toucher le fond.

En février 1992, les 18 experts nommés par le juge chargé de l’enquête ont rendu leur rapport stipulant que La Jonque avait coulée à la suite d’une insuffisance de réserve de flottabilité, le 24 juin1993 une ordonnance de non-lieu sera finalement rendue par le tribunal de Quimper. Ce qu’il est à retenir de ce drame c’est surtout que les familles, déjà durement éprouvées par la perte de leurs proches, ont dû batailler ferme durant six ans d’interminables procédures, pour finalement se contenter d’un jugement de non-lieu qui laissera toujours planer un doute quant aux circonstances du naufrage de La Jonque. Ce doute va malheureusement ressurgir en 2004, avec le naufrage du Bugaled Breizh dans des circonstances aussi troublantes, et faire remonter les mauvais souvenirs ; il faut savoir que lorsque l’on a vécu dans sa chair un drame de la mer, tout nouveau drame qui survient, même plusieurs années plus tard, vous replonge dans la souffrance.

La famille Quéroué sera particulièrement éprouvée dans cette catastrophe, car, en 1945, elle avait déjà connu un grand malheur : François Quéroué, père de Robert et grand père de Laurent avait péri avec tout son équipage, son sloop, le Bouboule ayant été victime d’une mine.

Dans ce terrible drame, sans porter de jugement, on peut quand même regretter la légèreté d’interprétation des équipages de l’aéronavale qui croyaient avoir repéré des canots de sauvetage avec des survivants, il eut sans doute fallu, en pareilles circonstances, être absolument certain de ce que l’on rapportait. Légèreté qui se retrouve aussi dans l’affaire de la cassette effacée par mégarde par la gendarmerie maritime, toutes ces « bavures » ont malheureusement donné suite à polémiques aussi violentes qu’inutiles, et qui finalement, rajoutant de la douleur au malheur, ne servent personne.

L’association Aux Marins se gardera bien d’émettre un jugement ou avis sur les causes réelles ou supposées de ce terrible drame, elle se solidarise simplement du malheur des familles de Robert et Laurent Quéroué, Yves Le Du, Bruno Grassi et Stéphane Landrein. Notre association par cette simple plaque sur le chemin de mémoire de la pointe Saint Mathieu continuera d’honorer la mémoire des marins disparus.

Sources :

Sources:

Archives Le Télégramme de Brest
Archives Alain Gourret

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