Frédéric Le Mouillour Mémorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 
 

Alose - Dragueur auxiliaire

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« Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, très vite la maîtrise de la Mer du Nord et de la Manche est fortement menacée (…) Le 15 octobre 1914, les allemands s’emparent des ports d’Ostende et de Zeebrugge en Hollande et y installent leur base de sous-marins. A cette époque, la marine impériale possède, selon les sources 20, 24, 28 ou encore 30 submersibles dont les qualités nautiques sont nettement supérieures à celles des sous-marins alliés. »

 Très vite il apparaît que la marine allemande va s’attaquer non seulement aux navires de guerre mais aussi à la marine de commerce. Très rapidement il faut prendre des mesures de défense pour empêcher le passage des sous-marins ennemis dans le Pas de Calais et maintenir le trafic entre la France et la Grande-Bretagne. La première solution envisagée est d’immerger des mines sous-marines et des filets dérivants, une vingtaine de lignes de mines et une longue ligne de filets dérivants barre ainsi le Pas de Calais dès février 1915. Mais le procédé ne s’avère guère efficace. Les autorités françaises et britanniques décident donc, outre le mouillage de mines de réquisitionner des chalutiers de pêche. L’amiral Favereau, malgré une certaine réticence au départ, confie au capitaine de vaisseau Merveilleux du Vigneaux la mission de constituer cette flottille. Elle va rapidement compter 60 chalutiers dont l’organisation est fixée par la circulaire de février 1915. Ils reçoivent un canon de 47mm, des armes légères, des jumelles, ils gardent leur équipage commercial qui est complété par cinq gradés ou marins d’état dont au moins un canonnier. Chaque chalutier est commandé par un capitaine qui a le grade de maître, secondé par le patron titulaire du chalutier, qui a le grade de second maître et d’un chef mécanicien, maître ou second maître.

Telle est la mission de l’῍ Alose῍ ex-baleinier norvégien construit au chantier AKERS Mekaniske Vaersksted Aktieelsk à Oslo (Norvège) sous le nom de ῍ Whangaroo῍ (certains documents signalent le nom de῍ Goukana῍). Il est mis à flot en 1913 et en service dans la marine en 1915.

Ses caractéristiques : déplacement :137 t – dimensions : 30,3×6×2,5m

Appartenant à l’armement Delpierre - Caron et Testand de Boulogne, ce bâtiment est acheté par la marine française en 1915 pour servir aux opérations de dragages de mines.

Paul Chack dans son ouvrage « Sur les bancs des Flandres » (p134 à137) fait le récit de la disparition de ce bateau.

En octobre 1915, l’῍ Alose῍, patrouilleur auxiliaire, se trouve dans le Pas de Calais, au sud de Galloper (banc de sable près de la côte anglaise du Pas de Calais) et fait route vers Gravelines à cinq nœuds ; il est à 800 mètres d’un autre bâtiment le  ῍Blanc Nez ῍. Le 5 octobre 1915, à 1 heure 40, c’est l’heure de la sieste, le patron Ringot est de quart dans la chambre de veille et le maître Loisel dans sa cabine sous la passerelle. La veille, les dragueurs n’ont pas trouvé de mines et pour eux aucun sous-marin n’a pu avoir le temps d’en poser durant la nuit. Seul le fusilier Morel veille au canon, le maître mécanicien Canon surveille sa machine avec deux matelots, Goulet et Leprêtre , le matelot Wadoux est en vigie dans le nid de pie. A 1 heure 40mn 8 secondes, l’῍Alose῍ a disparu et avec lui dix hommes d’équipage. Le cuisinier Wacogne va sauver le patron Ringot qui, blessé, est sur le point de couler.

Le ῍Blanc –Nez῍ qui a été secoué par la déflagration, s’approche. A la place de l’῍Alose῍ une gerbe d’eau puis des flammes et des traces de graisse, des débris tordus. C’est l’œuvre d’une mine allemande qui a éclaté sous la chaudière. Au lieu d’envoyer ses embarcations, le commandant du ῍Blanc-nez, le maître Huet, contrairement aux ordres, approche son bâtiment des lieux du naufrage, met à l’eau un canot et un doris qui, malgré une houle de 4 mètres, reviennent avec 2 cadavres et 3 survivants, le 4e marin, Wacogne, ayant préféré regagner le bâtiment à la nage.

L’῍Alose῍ a entrainé au fond 9 pêcheurs de son équipage d’avant-guerre et 3 jeunes d’active. Sur 16 hommes d’équipage, 12 sont morts, tués dans la machine par l’explosion ou par l’eau glacée. Les 9 boulonnais disparus laissent 22 orphelins.

C’est une mine posée par l’UC6 commandé par le KL Mathias Graf Von Schmettow qui est responsable de la disparition de l’῍Alose῍.

Le bâtiment recevra une citation à l’ordre de l’Armée : « Chalutier ῍Alose῍ : frappé par une mine en cours d’opération de dragage, a sombré glorieusement avec la plus grande partie de son équipage. » - Journal Officiel du 8 décembre 1915

Les victimes de ce naufrage sont : Marius CARON – Edouard MARIE – Pierre DEFRANCE – Henri GOULET – François LEPRETRE – Jean SALAUN – Jean-Baptiste FOURNIER – Louis GERME – Pierre NOEL – François TINTILLER – Pierre WADOUX – Louis MOREL -

Sources :

« 1914-18 Les marins pêcheurs sous le feu ennemi »
Madeleine Kérisit - édition SPE Barthélémy- Paris 2018

 

« Sur les bancs de Flandres » Paul Chack –
les Editions de France – Paris 1927

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