Frédéric Le Mouillour Mémorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 
 

Cistude - Chalutier

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Construit en 1980 aux chantiers et ateliers du Bastion aux sables d’Olonne, Cistude s’est d’abord appelé Cap au Large. Il était immatriculé au quartier de Lorient (LO 554167) et appartenait à Hubert Kermorvant de Plouharnel. Destiné à la pêche au chalut de fond qu’il pratiquait selon la technique dite « en bœufs » avec un autre chalutier lorientais le Spes Unika ; il mesurait 26,09 m de long, 6,90 m de large. Il jaugeait 127,05 tonneaux de jauge brute, et avait une puissance motrice de 423 kw. Le chalut « en bœuf » consiste à tirer le chalut par deux bateaux, au moment de la remontée l’un des chalutiers reprend la fune de l’autre et hisse le chalut à son bord, au trait suivant c’est l’opération inverse. Hubert Kermorvant va garder son bateau pendant dix huit ans, en pratiquant alternativement le chalut en basse saison et le thon en été. Racheté par un armement franco-espagnol du pays basque, le bateau sera immatriculé à Bayonne et prendra le nom de Molan.

En 2001 il est vendu à l’armement Richard des Sables d’Olonne et est rebaptisé Cistude. Avec son sister-ship Silure il reprend la technique du chalutage en bœuf et retrouve ses anciennes zones de pêche au large de la pointe de Bretagne. Cette nuit du dimanche 25 au lundi 26 août 2002, Cistude est en pêche à environ 120 km au large de l’île de Sein aux abords de la voie montante du rail d’Ouessant, le temps n’est pas mauvais, une brise de nord-est souffle, la mer est peu agitée. Il est 2h30 du matin lorsque le déclenchement de la balise de détresse de Cistude est perçu, les recherches sont aussitôt déclenchées par le Cross Corsen. Le Silure avec lequel il a l’habitude de pêcher est le premier sur la zone du naufrage, avec un autre chalutier ; un Falcon de la marine nationale ainsi qu’un avion des douanes quadrillent la zone. En début de matinée du lundi 26, les deux canots de survie de Cistude sont retrouvés, vides hélas. C’est l’avion des douanes qui le premier va découvrir, à la surface de la mer, une bouée à laquelle sont agrippés trois hommes, qui très vite vont être recueillis par le Silure. Les trois naufragés, en état de choc, dont le patron de Cistude, Jean-Yves Barbeau et deux marins dont un de nationalité espagnole, sont pris en charge par un hélicoptère Super-Frelon de la marine qui les conduit à Brest. On apprendra par la suite qu’un quatrième homme, un espagnol, était aussi accroché à cette bouée mais le malheureux, épuisé, lacha prise au bout de quelques heures et disparut dans les flots. Il faut dire qu’ils étaient restés durant 8 heures accrochés à cette bouée. On apprendra, par son patron que le Cistude a été abordé en pleine nuit par un bâtiment de commerce qui était en route vers le rail montant d’Ouessant. Le choc a été très violent et le Cistude a été pratiquement pulvérisé, ses hommes d’équipage se sont retrouvés éjectés du bord alors qu’ils dormaient pour la plupart. Le navire abordeur ne s’est pas arrêté pour porter secours au Cistude, acte que l’on peut qualifier de piraterie, il sera néanmoins très vite identifié à cause des avaries provoquées par la collision. Il s’agit du Bow Eagle, un chimiquier norvégien de 172 m de long, qui, en provenance du Brésil, faisait route vers Rotterdam avec une cargaison de produits chimiques particulièrement dangereux L’équipage de Cistude était composé de trois français, trois espagnols et un portugais. Les recherches pour retrouver les quatre autres marins vont se poursuivre, mais hélas, très vite il faudra se résigner à les considérer perdus. Les victimes de ce drame avaient pour nom : Pascal Vassel, 44 ans – José Baptista da Silva, 56 ans – José Solabarrieta Bengoechea, 41 ans – Manuel Vasquez Martin, 49 ans -

A la suite d’une « tambouille » diplomatique, un procès qui aurait dû avoir lieu en France puisque l’accident s’était produit dans la zone économique exclusive française, se tiendra en Norvège en mars 2003. Les deux officiers norvégiens de l’état-major du Bow Eagle vont rejeter leur responsabilité sur le reste de l’équipage philippin, dont l’officier de quart au moment de la collision qui sera condamné à cinq ans de prison, mais pour le seul motif de non assistance à personne en danger suite à un naufrage. La notion d’homicide involontaire et de délit de fuite ne sont pas prisent en compte, comprenne qui pourra….

Le BEA mer avait, à la suite de son enquête mis en évidence un défaut de veille sur les deux navires.

Sources :

Archives Le Télégramme de Brest

Archives Le Marin

Photo: Jean-Michel Péault

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