Frédéric Le Mouillour Mémorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 
 

Bretagne - Goëlette morutière

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La Bretagne était une goêlette morutière à trois mâts. Construite à Cancale en 1913, pour le compte de l’armateur cancalais Louis Girard elle jaugeait 306,80 tonneaux en jauge brute et 205,27 tonneaux en jauge nette. La goëlette était armée de deux canons de 47 mm.
Après une longue et fructueuse campagne de pêche sur les bancs de Terre-Neuve, 278900 morues dans ses cales, la Bretagne s’était regroupée en convoi avec d’autres terre-neuviers, en ce début d’octobre 1918, pour rejoindre la France.
Mais, à la suite d’un fort coup de vent, les bateaux du convoi se perdent de vue et la Bretagne se retrouve seule à faire route vers son port d’attache.
Alors que la goëlette se trouve à environ 500 milles dans l’ouest d’Ouessant, ce 15 octobre 1918, le kiosque d’un sous-marin allemand apparaît soudainement au vent de la Bretagne qui hisse le pavillon national et manœuvre aussitôt pour rendre ses pièces de 47 mm battantes. Après avoir tiré une salve d’avertissement, et se sentant menacé, le sous-marin reprend son tir qui devient plus précis et détruit une partie de la mâture avant.
Voyant que toute résistance est inutile, François Bausire, le capitaine de la Bretagne, amène son pavillon et ordonne à son équipage de se préparer à évacuer le navire.
Après avoir jeté à la mer les documents confidentiels, tout l’équipage de la Bretagne se retrouve dans sept doris, tandis que des marins allemands montent à bord et placent des charges d’explosifs en vue de couler la goëlette. Vers la fin de la journée la Bretagne explose et coule sous les yeux de son équipage, abandonné en plein océan Atlantique à 500 milles de la terre la plus proche.
Les conditions météorologiques vont hélas vite se détériorer au cours de la nuit faisant disparaitre l’un des sept doris avec ses trois hommes, un autre doris chavire ; des quatre hommes de l’embarcation, un seul parviendra à être recueilli par ses infortunés camarades des autres doris.
Le 18 octobre vers 14h00, après avoir parcouru 200 milles, un destroyer anglais, le HMS Orpheus est aperçu par le doris du capitaine Bausire qui parvient à se signaler aux anglais. Les autres doris sont vite repérés par le bâtiment anglais et transférés puis réconfortés à bord du HMS Orpheus. Après un passage par Plymouth ils seront vite rapatriés en France. Mais il manque encore à l’appel un autre doris, avec quatre hommes à son bord. Celui-ci sera quand même retrouvé, après avoir passé 13 jours en mer dans des conditions épouvantables, par un chalutier à l’entrée d’Arcachon.
C’est dans un état de fatigue extrême que les quatre survivants sont débarqués sur la terre de France, malheureusement l’un d’entre eux, le canonnier Yves Le Fèvre décède quelques jours après son arrivée à Arcachon.
Le bilan est lourd, six disparus qui seront déclarés « morts pour la France », et un décès. Le trois-mâts goëlette Bretagne est officiellement le dernier bateau de pêche français coulé par fait de guerre au cours du premier conflit mondial.

Les sept victimes de ce drame sont :
Yves Le Fèvre (ou Lefèvre) canonnier (décédé)
Olivier Landois, 36 ans, patron de doris
Emmanuel Le Hoerff, 19 ans, patron de doris
Charles Gouriou, 33 ans, patron de doris
Joseph Jehan, 37 ans, patron de doris
Raphaël Renault, 17 ans, novice
Francis Favrel, 15 ans, mousse

Sources :

1914-1918 Les marins pêcheurs sous le feu ennemi
par Madeleine Kérisit – Editions SPE Barthélémy

Goëlette morutière