Frédéric Le Mouillour Mémorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 
 

Galatée - Sous-marin

Galatee001
DCAN Cherbourg
rade de Toulon
20 août 1970

Le sous-marin Galatée (S 646) de la série des Daphné, a été construit par l’arsenal de Cherbourg. Lancé en septembre 1961, présenté en recette le 27 avril 1964, il a été mis en service le 25 juillet 1964.

Sixième bâtiment de la série, il était le quatrième construit à Cherbourg, les deux premiers de la série (les sous-marins Daphné et Diane) l’ayant été par les Chantiers Dubigeon de Nantes. Il était le neuvième bâtiment de la marine nationale à porter le nom de « Galatée ». Son prédécesseur immédiat était également un sous-marin du type Sirène, mis en service en 1927 et qui se saborda à Toulon en novembre 1942.

La Galatée ralliait son port-base de Toulon en 1965 où il subissait son premier grand carénage entre le 1er février 1966 et le 16 janvier 1967, prenant la suite du sous-marin Doris.

Le sous-marin Maria Van Riebeeck (S 97), livré en mars 1969 à l’Afrique du Sud, fut mis en service en juin 1970. Il était le premier des trois sous-marins de la classe Daphné construits par les Chantiers Dubigeon de Nantes pour la Marine sud-africaine. Recetté à Lorient, il devait procéder à des exercices d’entraînement à Toulon avant d’appareiller pour la base militaire du Capetown, en Afrique du Sud. Notons, à titre d’information, que dans le cadre de l’assistance technique apportée par la marine française, 150 officiers sud-africains furent formés à Toulon, au contact des équipages des sous-marins français de la 1ère Escadrille de Sous-Marins de la Méditerranée.

Les circonstances de l’accident d’août 1970

Dans la soirée du jeudi 20 août 1970, le sous-marin Galatée, commandé par le Lieutenant de Vaisseau Lauga, vient de quitter la rade des Vignettes, près de Toulon où il a débarqué du personnel ayant pris part aux essais. Il sort tout juste de son grand carénage et s’apprête à gagner le large pour sa première nuit à la mer, en vue de procéder à des exercices d’entraînement.

Le bâtiment est disposé pour une navigation en surface : les accumulateurs électriques sont en charge, via les génératrices accouplées aux diesels. L’enseigne de vaisseau de quart est normalement à son poste de veille du massif, en compagnie d’un veilleur.

La Galatée va croiser, à environ un mille nautique du Cap Cépet, le sous-marin Maria Van Riebeck, également en surface, qui, lui, regagne Toulon. A cet endroit, les fonds sont de l’ordre de 100 mètres. Il est 20h 30, il n’y a pratiquement pas de brume sur la mer, le temps est clair, la mer est belle et peu agitée. Soudain, c’est le choc de l’abordage entre les deux navires. L’étrave du Maria Van Reibeck enfonce le côté bâbord arrière de la Galatée, au droit de l’arbre porte-hélice. La Galatée prend immédiatement une gîte d’environ 45° sur bâbord. Le déplacement de la ligne d’arbres, consécutif au choc, entraîne une entrée d’eau par son presse étoupe. Les personnels de quart au poste propulsion constatent que, sous le parquet du poste arrière, l’eau envahit la cale. Ils rendent compte aussitôt au poste central et au central opérations que le sous-marin prend l’eau par l’arrière. Le commandant craignant un envahissement de l’ensemble du navire et un alourdissement aux conséquences catastrophiques, ordonne en application des consignes applicables en cas de « voie d’eau », de mettre le navire « au poste de combat », ce qui implique la fermeture des panneaux du massif, du panneau de la coupole d’air frais, ainsi que du sectionnement du porte-voix (conduit qui va du poste central au poste de veille du massif, utilisé pour les liaisons à la voix). Son intention est de mettre en pression l’intérieur du sous-marin par un « lâcher d’air comprimé » en provenance des groupes d’air haute pression de manière à rendre le bâtiment étanche.

L’enseigne de vaisseau et le veilleur de quart en passerelle sont restés à leur poste.

Panneaux fermés, le sous-marin est alors isolé de l’extérieur. L’ordre de stopper les diesels est donné par le maître de central. Cependant les diesels continuent de tourner. Une consigne prévoit, uniquement en « navigation schnorchel » que les diesels doivent être stoppés dès que leur alimentation en air n’est plus assurée convenablement. Dans le cas présent, cette consigne n’est pas appliquée, avec deux conséquences : d’une part la mise en dépression du sous-marin accentue l’entrée d’eau par un effet de succion, d’autre part l’ensemble de l’équipage s’évanouit par défaut d’oxygénation. Les diesels finissent par stopper d’eux-mêmes, du fait d’une insuffisance d’air d’alimentation.

L’eau continue de noyer le poste arrière et va s’engouffrer au travers de l’ouverture de la porte de la cloison séparant le poste arrière du poste propulsion. Cette porte est alors fermée rapidement de manière à éviter que l’eau coulant sur le parquet et dans les fonds ne vienne provoquer des courts-circuits si elle atteint des tableaux électriques et les moteurs électriques de propulsion bien que normalement étanches aux projections d’eau. Trois membres de l’équipage, évanouis ou morts par défaut d’oxygénation, gisent dans le poste arrière. L’un d’entre eux est récupéré juste avant la fermeture de la porte. Pendant ce temps, la Galatée tourne en rond, la barre de direction positionnée toute d’un bord, vraisemblablement bloquée par le safran bâbord de la barre de plongée arrière, du fait de la collision.

Au bout de plusieurs minutes, la plupart des membres de l’équipage reviennent à eux, encore à demi-groggy. Parmi les premiers à reprendre conscience, le commandant s’empresse d’ouvrir le sectionnement du porte-voix, afin de permettre l’équilibrage de l’atmosphère du sous-marin avec l’extérieur, puis les deux panneaux du massif. Il prend alors la décision, pour sauver son sous-marin et son équipage, de le laisser s’échouer sur la côte, maintenant toute proche. La plupart des membres de l’équipage en état de se déplacer sont dirigés vers le poste avant. La Galatée s’échoue finalement au sud de la pointe du Canier. Le sous-marin est encastré dans les rochers de la côte, avec une assiette légèrement positive, de l’ordre de 20°, et une gîte faible sur bâbord. Seule sa partie avant émerge, à partir de la base du massif.

L’équipage de la Galatée est évacué à 22h45, au moyen d’embarcations de la Direction du Port.

De son côté, le sous-marin Maria Van Riebeck qui n’a pratiquement subi aucun dégât, regagne la base sous-marine de Toulon, par ses propres moyens.

Les corps des deux membres de l’équipage restés bloqués dans le poste arrière, seront dégagés dans la nuit du dimanche 23 août au lundi matin 24 août.

La Galatée sera remorqué vers Toulon à partir de 12h00.

Les victimes

Le bilan est de six morts, auxquels s’ajoutèrent six blessés nécessitant des soins par l’hôpital des armées « Sainte-Anne » de Toulon. Cependant, bien que la presse ait fait état de « noyés », il semble que l’anoxémie soit la cause du décès des victimes.

La liste des victimes (par grade et ordre alphabétique) 

Les morts

Maître FreloT Joseph

Maître Lequeux- Lepetit Jean

Maître Morin Pierre

Second-maître GERMAIN Serge

Second-maître Lapeyre Jean-François

Matelot Mouton Henri

Les blessés

Les six sous-mariniers blessés soignés à l’hôpital (contusions multiples et choc émotionnel, d’après les communiqués de la presse) sont les suivants :

Enseigne de vaisseau Remy

Maître Delas

Maître Grandin

Second-maître Bis

Quartier-maître Duclos

Ouvrier civil, Monsieur Paris

(l’auteur n’a pas pu établir les prénoms des blessés)

Les blessés ont, pour la plupart, souffert essentiellement de morsures à la langue, consécutives à leur perte de conscience

Remise en état de la Galatée

La Galatée sera remise en état, du 1er avril 1971 au 1er janvier 1973, par la DCAN de Toulon (remplacement d’un tronçon de coque épaisse, des tubes d’étambot des lignes d’arbres et leurs usinages), en outre le plan de modernisation des sous-marins type Daphné lui sera appliqué.

La Galatée sera désarmée en octobre 1993.

Sources :

ouvrage « Accidents des sous-marins français 1945-1983 »
de Georges Kevorkian
publié par Marines éditions en 2006

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